Partons ensemble à la rencontre des fadas de parkour, pour qui la ville devient un véritable terrain de jeux ! Samedi, la communauté marseillaise, s’est donnée rendez-vous dans les quartiers Nord. Parmi ces acrobates, on a rencontré Rémi Girard, une étoile montante de la discipline.

« Rdv à 13h00 au métro Bougainville. »

On remarque facilement l’arrivée de la bande de traceurs, comme on appelle les adeptes du parkour. L’un d’eux, Habib Bathmann, sort du métro en escaladant la barrière plutôt qu’en empruntant les portiques. De là, l’équipe se rend au parc de l’Espérance. En survêts/joggings, les sportifs urbains traversent le parc ensoleillé. Une brise balaie les feuilles d’automne et rapporte les grondements de macadam de l’A7 qui borde l’espace de verdure. Ils frôlent le parc où des enfants rient en chœur. Eux, ils se dirigent un peu plus loin : ils visent deux pans de murs crépus qui leur servent de terrain de jeux.

À peine les sacs posés et les Chocos Continental Bakeries sortis – « servez-vous les gars » – certains se lancent à l’assaut du mur légèrement pentu – « pour s’échauffer ! ». Rémi, speed dans ses paroles, dit pratiquer « l’échauffement dynamique pour se dégourdir les muscles ». Comme il fait frisquet, le marseillais s’échauffe à base de saltos ou de passe-murailles pendant une trentaine de minute… Une fois le sweat à capuche noir retiré pour laisser place au t-shirt bleu « PK13 » – la seule association de parkour de Marseille – on ne l’arrête plus !

Rémi, l’étoile montante des sports urbains

remi girard parkour rue

Rémi disparaît et revient avec un vieux matelas poussiéreux que les acrobates avait planqué. « On nous a volé les autres matelas », clame-t-il. « Pour la prochaine, je prends ma voiture et je ramène plein de matelas ! » Troué et à fleurs, le matelas est lâché au pied du mur pour amortir les chutes.

Autodidacte, Rémi est un touche-à-tout. L’étudiant en L2 Physique pratique le parkour (l’art du déplacement d’un point A à un point B), le freerun (qui consiste à caller des figures sur le mobilier urbain), le tricking (mélange d’arts martiaux et de gym), le tumbling (qui consiste à enchaîner les acrobaties sur une ligne droite) ou encore le breakdance. On en passe car « ce n’est pas les figures qu’il fait qui le caractérisent, c’est lui-même en soi qui est impressionnant ! », soutient Mohamed Basha, un de ses meilleurs potes rencontré « dehors ».

Confiance ou inconscience ?

« Te tue pas frère, on a encore besoin de toi ! » Habib.

« Mes chaussures ont glissé sur l’herbe à l’atterrissage, elles sont trop lisses », explique-t-il en plissant les yeux et en se frottant la jambe. Il faut dire qu’il sait les user, ses pompes bleu azur. Chez lui, sur le chemin des classes ou sur ses spots fétiches, l’athlète s’entraîne six à sept fois par semaine. C’est cet entraînement quotidien qui lui permet d’être au point : « Si tu n’as pas confiance alors tu peux te faire mal. Pour être sûr de moi, je m’entraîne en salle, dans l’eau ou dans le sable avant de réaliser la figure sur le dur. Du coup quand je me lance, je sais que je vais réussir », détaille le jeune homme. « Bien sûr il n’y a pas de risque 0 : le mur qui casse tu ne peux pas vraiment le calculer. »

Tendinites, entorses, contusions, mais jamais de fractures au palmarès, Rémi ne lâche jamais l’affaire. « Il peut être blessé à la cheville mais ça ne l’empêchera pas de taffer le reste du corps… On l’appelle l’Alien », s’en amuse Habib pendant que le loup s’exerce au  » saut de chat de fond « , un plongeon en avant suivi d’une prise d’appui sur le dessus du mur avec les mains pour se réceptionner sur les pieds de l’autre côté du mur en contrebas.

« Rémi est bon parce qu’il est strict avec lui-même », témoigne Mohamed. « Il est présent dans ce qu’il fait et il le fait à fond. Ça vaut pour le parkour mais aussi pour ses études, pour le permis et tout le reste ! Parfois on lui parle mais il est ailleurs, concentré sur la figure qu’il s’apprête à faire. »

Assis torse nu en haut du mur, les jambes dans le vide et les écouteurs autour du cou, le grand Habib explique d’une voix posée qu’être concentré est primordial pour ne pas se blesser. « Il faut se plonger dans son monde, être dans son corps pour ne pas se laisser déconcentrer au moment de faire sa figure. Un événement extérieur peut vite te faire faire un mauvais geste. » Pour s’isoler, le plus vieux de la bande (26 ans) écoute de la house, du hip-hop, et parfois du classique pour la muscu.

« Rémi m’inspire : quand il te dit qu’il a commencé comme tout le monde, tu te dis pourquoi pas moi aussi ? » Habib.

Yamakasi des temps modernes, ces sportifs de l’extrême en inspirent plus d’un. Laissé de côté, le matelas est déjà pris d’assaut par quatre gamins du parc. À peine la dizaine, les p’tits furieux s’essayent au salto arrière… Rémi, les yeux malins, n’a qu’un seul conseil a donné aux débutants : « prendre plaisir ». Lui-même a commencé il y a 6/7 ans avec ses amis pour s’amuser sa passion a pris de l’ampleur. Aujourd’hui, il cale des falling back out (double salto arrière avec une vrille) et des double layouts (double salto tendu).

Une communauté internationale soudée

Et ça c’est quoi ce que tu viens de faire, Rémi ? Allongé à plat ventre au sommet du mur, les jambes dans le vide, le gymnaste vient de se pousser vers l’arrière à l’aide de ses bras. Un double salto arrière plus tard, il atterrit sans broncher sur le matelas. « Eh les gars comment on l’appelle cette acrobatie déjà ? », demande-t-il à la bande. « Ah oui, un Cast Away… Mais j’aurais appelé ça un Palm Drop perso. » Eh oui, comme rien n’est officiel dans ces sports de rue, il existe plusieurs noms pour une même figure !

Loin des projecteurs, parkour, freerunning, tumbing et tricking forment un véritable microcosme. Ce samedi, ils sont douze gars à être venus s’entraîner sur les murs colorés de graffitis du parc de l’Espérance. En totalité à Marseille, ces casse-cous approchent la cinquantaine.

Rémi applaudit de bon cœur un de ses acolytes. « J’aime m’entraîner avec les gars. L’esprit actuel du parkour n’est pas pollué par la compétition. Les pratiquants sont très ouverts envers les uns et les autres. On s’améliore ensemble, ça motive ! »

Le groupe s’agrandit au fur et à mesure des rencontres et se fait connaître à l’international en postant régulièrement des vidéos sur internet. Tristan, aux yeux bleus et aux longs cheveux blonds maintenus en arrière par un bandeau, vient de Suisse. Adepte du passe-muraille, il est à Marseille pour pratiquer le parkour. Il loge chez deux traceurs. Tanguy tient une association de parkour à la Réunion. Il vient faire une formation à PK13 pour assimiler les rouages administratifs. Il profite de ce voyage pour intégrer le groupe indépendant de traceurs.

« Dans ce milieu on se connaît tous bien », relève Mohamed. « Quand on voyage on loge souvent chez d’autres traceurs. » La bande marseillaise a déjà conquis les rues de Lille, de Paris, de Nantes, d’Angers, de Madrid et de Milan. « On voyage pour découvrir des nouveaux terrains. À sortir de notre confort, on s’améliore plus vite. » Rémi, autant connu que reconnu, s’est même fait inviter tout frais payé à Stockholm pour participer au Movement Of Sweden, un événement de parkour international.

Faites de la ville un terrain de jeux !

Partir loin n’est pas nécessaire pour découvrir de nouveaux spots. Rémi pense que « tout peut devenir un bon spot avec un peu d’imagination ». Preuve en est, les voilà partis escalader un mur de pierres jouxtant le parc sous les yeux de la tour CMA CGM que l’on aperçoit au loin. « Attention, il y a des bouts de verre. » Le sol est jonché de déchets plastiques, de fils barbelés et de débris en tout genre. Seuls de hauts silos désaffectés et un coq bien garni montent la garde.

Rémi, pourtant petit, grimpe agilement sur un conteneur… puis prend de l’élan pour se jeter au-dessus du vide. Il atterrit dans un bruit de tôle au bord d’un deuxième conteneur, quelques mètres plus loin. « C’est un niqué lui ! », confirme Evan, encore les pieds sur terre. Mais la cascade n’a pas suffi à ce funambule qui ne tient pas en place : « Il doit y avoir moyen de monter en haut des silos… j’essaierai la prochaine fois ».


« Il n’y a pas vraiment de meilleur sport, il suffit d’avoir de l’imagination ! » Rémi.

Le parkour, le tricking et le freerunning permettent de voir la ville comme un bon terrain de jeux. « Ça favorise la créativité ! », relève Rémi. « Ça permet aussi de prendre conscience de la manière dont fonctionne son corps et de gagner de la confiance en soi. » Dans la vie pratique, le parkour lui serre à fuir les gardiens des propriétés privées dans lesquelles il s’introduit pour faire… du parkour ! Il travaille de temps en temps pour la compagnie de cirque Soukha quand ils ont besoin d’un acrobate. Récemment, il a tourné dans une publicité pour Sony.

Même si les sports urbains ne sont pas bien reconnus, l’étudiant pense qu’il pourra vivre de sa passion : « Je peux travailler dans le spectacle ou devenir cascadeur. Je peux aussi enseigner, mais l’unique association marseillaise, Parkour 13, n’a malheureusement pas beaucoup de moyens ».

Retrouvez plus de sensations sur la chaîne YouTube Massilia Parkour Officiel et sur la page Facebook du même nom.

Antonin Cyrille