Comédiennes et auteures, Maud Bettina-Marie et Juliette Tresanini se sont connues sur le tournage de la série « Bref », il y a quatre ans. Aujourd’hui, elles tutoient les étoiles en proposant sur YouTube l’émission « Parlons peu… Parlons Cul ! », un programme drôle et innovant qui dédramatise la sexualité avec talent. Rencontre. 

OpenBar : Pour commencer, racontez-nous l’origine de votre projet « Parlons peu… Parlons Cul ! ».  

Maud Bettina-Marie : La version officielle ? On était en soirée avec des copines et on s’est rendu compte qu’on parlait énormément de sexualité de manière libre, en riant et en dédramatisant le sujet. On voulait renouer avec la liberté de ton des années 90 que l’on a du mal à retrouver à la télé et sur le web désormais. On voulait parler de sexualité de manière rigolote, décomplexée. On s’est dit qu’il serait intéressant de créer un programme autour de ce sujet.

Comment vous viennent vos idées pour les sujets et surtout pour vos mini-sketchs ?

Juliette Tresanini : On peut faire appel à des spécialistes. On a notamment le numéro d’une sexothérapeute qui nous suit et qui nous aime bien, si jamais on a un doute sur une question d’ordre médical. Pour le reste, c’est plus nous, nos expériences ou un pote qui nous fait remarquer qu’il serait intéressant d’aborder tel ou tel sujet. On s’inspire de notre vie de tous les jours ou encore de l’actualité. Enfin, en lisant les commentaires des internautes, il nous arrive de trouver de nouvelles idées de sujets que nous n’avions pas encore abordés.

« On est un peu devenu une famille »

Comment se passent les tournages, quelle ambiance sur le set ?

Maud : Nulle à chier, horrible ! (rires) Non, ça se passe vraiment hyper bien. Tous les guests disent qu’il y a une bonne ambiance et qu’ils sont bien accueillis. C’est pour ça qu’on a l’occasion de faire des bêtisiers. Au sein de l’équipe, nous sommes une dizaine : cinq personnes derrière la caméra, deux devant, une maquilleuse et une coiffeuse.
Juliette : On est un peu devenu une famille. Et quand on fait des projets à côté, on essaye de reprendre ces gens-là, car ça se passe vraiment très bien.

On a notamment pu voir Flober ou Nicolas Meyrieux dans vos vidéos. Comment choisissez-vous vos guests stars ?

Maud : En général, on choisit des gens qu’on aime particulièrement soit humainement, soit artistiquement. De toute façon, ce sont toujours des gens dont on respecte le travail. Après avoir écrit l’épisode, on rédige la question en se disant : « Ah, ça serait bien d’avoir cette question-là posée par untel ou unetelle parce que ça reste dans son univers ou ça correspond à la thématique de sa propre chaîne. Ou alors prendre le contre-pied de son image habituelle et de lui faire dire ça. » Si jamais cette personne ne peut pas venir tourner car elle est indisponible, on change toute la question. On a eu quelques refus, soit par manque de temps de la personne concernée, soit parce que le guest n’était pas à l’aise pour parler de sexualité.
Juliette : Mais depuis quelques temps, on sent que ça change. Des guests qui au départ n’étaient pas spécialement à l’aise commencent à revenir sur leurs décisions.
Maud : Du coup, il est tout à fait possible d’adapter la blague à la personne. Si après la lui avoir envoyé par mail, un de nos guests nous propose de partir sur une impro, il n’y a aucun problème.
Juliette : Dans la vidéo sur l’endométriose, si on n’avait pas eu Natoo comme guest, on n’aurait pas du tout écrit ce sketch-là. Ça correspond à l’énergie qu’elle a dans la vie et c’est pour ça que son rôle lui va si bien.

« N’importe quel sujet peut être abordé avec humour, la sexualité en fait partie »

L’humour prend une place très important dans votre émission. Pensez-vous que cela peut aider à parler de ces sujets souvent compliqués à aborder en société, voire tabous ?

« Complètement ! » (en chœur)
Juliette :  Mais nous en fait, on vient d’un milieu où on en rit beaucoup, avec nos amis par exemple. On ne voyait pas ça comme un sujet tabou. On a reçu quelques remarques, quand on a commencé l’émission, de gens qui nous trouvaient très engagées. Alors que pour nous, c’est un peu une évidence que d’en rire.
Maud :  N’importe quel sujet peut être abordé avec humour, la sexualité en fait partie. Et évidemment, ça permet de désacraliser les choses. Comme Muriel Robin peut rire de la maladie d’Alzheimer de sa mère par exemple.
Juliette : La sexualité, c’est quelque chose de positif. Ça fait partie de la vie de tous les jours, le sexe concernera tôt ou tard tout être humain. Ça n’a pas à être quelque chose de honteux ou de sale. Je pense qu’en plus, on garde une part de mystère, on ne parle pas de nous, de notre intimité. Ce sont nos personnages qui discutent de ce sujet, pour le désacraliser.

À vous voir sur YouTube, on a impression que vous jouissez d’une plateforme plus libre qui est un moyen simple de dédramatiser le sujet tout en évitant la censure des médias traditionnels et le fait qu’il reste tabou en société. Qu’en pensez-vous ?

Maud :  Si on devait faire ça à la télé, on serait casées à 22 heures, un truc comme ça…
Juliette : Nos deux coproducteurs [Keyvan Khojandi et Mixicom Talentweb, ndlr] nous font confiance, que ce soit sur le sujet, sur les guests, sur le ton… On peut dire ce que l’on veut, sans filtre. Pour autant, nous refusons d’aller dans la provoc’ à deux balles car cela nous ressemble pas. On a juste envie de mettre un peu de positif et d’apporter de la légèreté et du rire.

« Quelqu’un qui souffre de cette maladie, c’est horrible, ça n’a rien à voir »

Récemment, plusieurs personnalités comme Daisy Riley ou Lena Dunham ont brisé le silence et ont avoué souffrir d’endométriose. À la suite de cela, on a pu découvrir votre vidéo sur le même sujet. Pourquoi pensez-vous que cette maladie, qui touche pourtant de nombreuses femmes, reste taboue dans notre société ?

Juliette : Je ne sais pas si elle est taboue, je dirais plutôt qu’elle est méconnue. 
Maud
: Une amie notamment nous disait qu’il était toujours un peu compliqué de dire et de faire reconnaître l’endométriose comme une maladie, de faire une ordonnance qui explique qu’elle a des douleurs vraiment importantes pendant les règles qui l’empêchent d’aller travailler. Car finalement, n’importe qui peut dire : « Oh ça va, toutes les femmes ont des douleurs pendant leurs règles », et c’est justement ça qu’on explique dans notre vidéo. C’est naturel d’avoir des douleurs pendant ses règles, donc c’est un peu compliqué pour les femmes atteintes d’endométriose de l’avouer. Elles peuvent se retrouver confrontées à des personnes qui les rabaissent car finalement, dans leur tête, la douleur c’est normal.
Juliette : Oui, et elles se mettent à penser qu’elles sont des chochottes, qu’elles ont un seuil de tolérance à la douleur plus bas que la moyenne alors que quand on y pense, ce n’est pas normal de vomir, d’être pliée en quatre et de ne pas physiquement pouvoir se rendre à l’école ou au travail. Quelqu’un qui ne souffre pas d’endométriose a un peu mal pendant ses règles, évidemment. Ce ne sont pas les jours les plus joyeux du mois, mais ce n’est pas pour autant qu’elle va annuler un rendez-vous ou ne pas se rendre au travail un jour de règles. Alors que quelqu’un qui souffre de cette maladie, c’est horrible, ça n’a rien à voir. Il faut bien dissocier ces deux cas.

Aujourd’hui, vous comptabilisez plus de 250 000 abonnés sur votre compte Youtube et vos vidéos ont été vues plus de 18 millions de fois sur votre chaîne. Comment vivez-vous le succès de votre concept et cet engouement autour de vos vidéos ?

Maud : C’est cool ! (rires) Non, c’est cool d’avoir un moyen de s’exprimer. C’est tellement difficile de vendre un concept à la télévision par exemple, alors qu’Internet permet de pouvoir diffuser des vidéos, même sans argent et de juste voir si ça prend. Ça donne l’opportunité à chacun de montrer son travail. Nous, ça a marché, c’est cool, du coup, on continue. C’est aussi un moyen de dire ce qu’on a envie de dire et c’est chouette de pouvoir faire passer des messages à travers nos vidéos.
Juliette : On le vit bien car on a les pieds sur terre. Mais en plus, il y a une très jolie bienveillance des gens qui viennent nous voir dans la rue ou qui nous interpellent, le sourire aux lèvres, pour prendre une petite photo ou échanger quelques instants. Tout ça est très positif. Du coup, on nous demande de plus en plus de faire un meet-up quelque part en France. C’est en court de réflexion, mais pour le moment, ça nous paraît un petit peu prématuré du fait que la chaîne n’ait qu’un an. Et après, on se sent encore un peu petites par rapport à d’autres youtubeurs.

Juliette, vous êtes aussi présente ailleurs sur YouTube, notamment avec des vidéos de la chaîne « Latte Chaud ». Quels sont vos projets pour le futur sur Youtube ou au-delà de la plateforme ?

Maud : On a pas mal de projets en tête donc c’est assez difficile d’en parler, surtout si ça foire.
Juliette : Pour l’année prochaine, déjà, faire une belle saison 2 avec de super guests et pourquoi pas surprendre un peu en sortant de YouTube, justement. Nous avons des envies de guests sportifs, cuisiniers etc… On a plein plein plein de sujets d’épisodes qui nous tiennent à cœur, à la fois très drôles mais aussi un peu engagés. Et après, s’il nous reste du temps, on va trouver des idées car avec Maud, on en a plein.
Maud : Peut-être aborder d’autres sujets que la sexualité.
Juliette : J’adore travailler avec cette personne en tout cas. Cette personne est charmante. (rires)
Maud : Tu dis ça car je suis assise à côté de toi ? (rires)
Juliette : Il faut savoir que nous sommes comédiennes, du coup, on se verrait bien au cinéma, écrire ou tourner avec de grands réalisateurs. Maud est très fan de Desplechin par exemple. Au départ, ce qui m’a fait rire, c’est que les gens n’ont pas forcément compris que nous étions comédiennes et que nous jouions des personnages. Le public s’imaginait que j’étais une gynéco et Maud une présentatrice. Ça nous surprenait que ça ne soit pas si visible que ça alors que pour nous, c’était une évidence absolue. La seule info vraie, c’est que Maud est originaire de Dunkerque ! (rires) Vu que d’autres youtubeurs comme Natoo, Norman ou Cyprien racontent un peu leurs vies, les gens ne sont pas forcément habitués à ce format de fiction. Nous, on s’inspire de « Bref », de séries américaines, mais le public qui nous regarde sur YouTube se dit parfois que l’on parle de nos vies.

La question de la fin : auriez-vous aimé être gynécologue Juliette ?

Juliette : Alors je crois que c’est le pire métier que j’aurais pu exercer (rires). Je respecte énormément les professionnels de la santé qui pratiquent ce métier, mais je n’aurais jamais pu faire ça. Je n’ai pas un amour profond pour la vulve et en plus, dès que j’entre dans un hôpital, je me sens mal, je suis d’une extrême sensibilité. Si je devais annoncer à quelqu’un qu’il est malade, je crois que je me mettrais à pleurer pendant une heure avant de le lui dire. Donc ce n’était pas du tout ma vocation. 
Maud
: Du coup, on va rester sur l’écriture et le jeu…