Moi, je défends le Grenelle de l’Environnement. Je suis parfois bien seule…” Pauvre Nathalie Kosciusko-Morizet. En deux débats télévisés, les candidats à la primaire de la droite n’auront pas abordé une seule fois la question de l’écologie. Identité, immigration, sécurité, éducation… Mais quid de la transition énergétique ? Comment tenir les engagements de la COP 21 de réduire les émissions de gaz à effet de serre ? Pour consoler NKM, passons au crible les affirmations et les programmes des candidats de la droite.

Sarkozy – girouette énergétique

Commençons en fanfare avec Nicolas Sarkozy. Après avoir axé sa campagne de 2007 sur la protection de l’environnement en signant le Pacte écologique de Nicolas Hulot et lancé le Grenelle de l’Environnement sous son quinquennat, l’ancien président a depuis rétropédalé sur le sujet.

Le 6 mars 2010, il déclare au Salon de l’agriculture : “je voudrais dire un mot de toutes ces questions d’environnement. Parce que là aussi, ça commence à bien faire”. La raison de ce retournement de veste ? Alors que la campagne des élections régionales bat son plein, les agriculteurs se plaignent des normes trop contraignantes liées aux objectifs environnementaux du gouvernement.

Dernier coup d’éclat, il affirme le 4 septembre dernier devant l’Institut de l’Entreprise – un think tank qui base ses réflexions sur la compétitivité et l’innovation – que “l’homme n’est pas le seul responsable”, avant de poursuivre :

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Bravo Nico. En dépit de toutes les affirmations des experts – et tes propres initiatives de 2007 – tu arrives à nier les effets du réchauffement climatique.

Côté programme, on ne trouve que peu de mesures concrètes, si ce n’est que “l’investissement dans la filière nucléaire sera repris” et que le site de “Fessenheim ne doit pas fermer pour des raisons idéologiques”.

Détail intéressant, il y affirme son soutien à la recherche sur l’exploitation du gaz de schiste. Une ressource qui nécessite pour l’extraire une opération coûteuse et polluante. Laissons-lui le bénéfice du doute sur ce point.

François Fillon – l’homme nucléaire

L’ancien Premier ministre de Sarkozy est un pro-nucléaire décomplexé. Pour lui, l’atome représente une “filière d’excellence de la France”, qui doit être “complétée par les énergies renouvelables”. S’il est élu, il promet de “consolider le nucléaire” en prolongeant la durée d’exploitation des réacteurs « de 40 à 60 ans”. Il projette même de “petits et moyens réacteurs nucléaires” à destination des régions peu habitées et des grandes villes mondiales.

Décomplexé on vous dit. Il faut dire que François Fillon considère le nucléaire comme une énergie “propre”, car “peu émettrice de C02”. Les déchets radioactifs extrêmement polluants ? Niet. Le cycle de vie du nucléaire – extraction, manipulation, transformation, etc. – qui produit ce même CO2 ? Nada.

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En 2009, le Premier ministre d’alors avait pourtant essayé – sans succès – de taxer les émissions de CO2. Il souhaite aujourd’hui limiter les gaz à effet de serre en “supprimant la production d’électricité à base d’énergies fossiles, pour la remplacer par une production à base d’énergies décarbonées”, et cela en arrêtant les centrales à charbon et en investissant dans les véhicules électriques. 

Point intéressant, notons son incitation à l’emploi d’écomatériaux par un crédit d’impôt.

Alain Juppé – nucléaire et pesticide

Alain Juppé rejoint ses camarades Sarkozy et Fillon sur le terrain du nucléaire. Il souhaite – une fois n’est pas coutume – prolonger la durée de vie des centrales au-delà de 40 ans et annuler la fermeture du site de Fessenheim.

Très léger sur les gaz à effet de serre, il propose de réduire l’utilisation des énergies fossiles et se déclare en faveur du développement des énergies renouvelables. Des précisions, on en trouve dans son soutien à “la recherche et les projets innovants dans l’agriculture : phytosanitaires, OGM, (…)”. Ouvrons un dictionnaire à la lettre P, « phytosanitaire » signifie pesticide. Autant pour l’environnement – et accessoirement la santé des Français.

Le maire de Bordeaux projette également un “plan méthanisation en levant les freins qui ralentissent son développement” à l’égard des agriculteurs. Pour rappel, la méthanisation consiste à dégrader naturellement des masses de déchets organiques pour produire de l’énergie renouvelable.

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NKM – « l’écologie pour tous, ça rapporte « 

Ancienne ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet connaît les dossiers du Grenelle et de la Charte de l’Environnement comme elle aime à le rappeler.

« Alors oui, suite à la Charte de l’environnement et au Grenelle de l’environnement, des progrès ont été réalisés : nous avons baissé nos émissions de gaz à effet de serre (GES) de 12% depuis 1990 et nous avons désormais 16% de production électrique à partir des énergies renouvelables. Mais est-ce réellement suffisant ? « 

Après un discours alarmant, NKM pose un argument de poids : “l’écologie pour tous, ça rapporte”. Les innovations peuvent être sources d’emplois, les économies d’énergies réduiraient, elles, les factures des Français. Point bonus, la meilleure qualité de vie qui en résulte amènerait à moins de dépenses des ménages pour la santé. Une rentabilité “individuelle et collective” comme elle la nomme.

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Mais les mesures que l’ancienne ministre propose ne sont pas légions : favoriser les circuits courts alimentaires, développer l’autoproduction des énergies, établir un étiquetage environnemental, faciliter le télétravail… On en vient à se demander, tout comme elle, est-ce suffisant ?

Quant au nucléaire, pas un mot dans son programme. Mais lors du débat télévisé du 13 octobre, la candidate a jugé la sortie du nucléaire inéluctable. Quand et comment ? Reste à savoir…

Bruno Le Maire – pragmatique envers et contre tout

Accordons-lui ceci, le député de l’Eure a travaillé son programme écologique pour offrir à ses lecteurs un programme extrêmement détaillé. “Nous avons collectivement le devoir de préserver notre environnement. Il s’agit d’une de nos richesses les plus précieuses, parce que l’une des plus fragiles.” C’est beau, on dirait du Cousteau. Mais le ton change rapidement :

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Vous avez dit pragmatique ? “Les barrières à l’innovation et au progrès scientifique générées par le principe de précaution ont un impact négatif sur de larges pans de notre économie.

Autant pour nous, l’innovation avant tout. Les questions d’énergies vertes s’effacent vite devant des mesures visant à simplifier les procédures d’urbanisme au profit des entreprises.

S’il est bien question de réduire les gaz à effet de serre, de gérer les pénuries d’eau et d’investir dans les véhicules électriques grands publics et autonomes, les mesures restent cependant assez légères. Pour soutenir l’autoconsommation d’énergies, Bruno Le Maire propose l’assouplissement de son cadre juridique.

La biodiversité a elle aussi droit à son chapitre, mais celui-ci se focalise sur l’outre-mer. Le candidat veut “maintenir” un réseau d’espaces protégés – trop aimable – et “mutualiser les acteurs ultramarins de la biodiversité au sein de véritables agences territoriales de la biodiversité implantées localement et dotées de réelles compétences et moyens”.

Quant à “l’écologie punitive”, Bruno Le Maire fait certainement allusion à Notre-Dame-des-Landes dont il souhaite poursuivre le chantier. Résolu s’il le faut à refouler les zadistes – “une minorité qui ne représente qu’elle-même” selon ses mots – “par une opération d’envergure” avant de “poursuivre systématiquement les auteurs de délits (squats, dégradations, routes barrées, incendies, etc.)”.

Jean-François Copé – « une France sans pétrole « 

L’ex-président de l’UMP attaque fort dans son programme : 

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Couplet mainte fois répété, JFC aspire lui aussi à “sanctuariser le nucléaire” en renonçant au plan de fermeture des centrales pour rallonger leur durée de vie.

Son souhait est de faire de la “France du XXIe siècle” un pays “sans pétrole”. Comment ? En accordant “un crédit d’impôt à taux unique de 50%, sans condition de ressources, sur le prix des équipements, des matériaux et de la main-d’œuvre dépensée pour participer à la production d’énergie renouvelable entre le 1er septembre 2017 et le 31 décembre 2020”.

Pour marquer le coup, Jeff veut aussi réécrire Code de l’environnement car celui-ci lui semble “illisible”. Bon, pourquoi pas.

Bilan : des propositions somme toute très légères pour les “enjeux majeurs du siècle”. Il faudra penser à revoir la copie.

Jean-Frédéric Poisson – le silence des fonds marins

Le député des Yvelines ne semble pas considérer l’écologie quand un axe de sa campagne. Totalement absente de son programme, c’est à croire qu’il s’en cogne le coquillage.

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Des différences ténues entre les candidats

On discerne quelques légères différences dans ces programmes : les pro-nucléaires Juppé, Sarkozy, Fillon et Copé qui comptent sur la puissance de l’atome pour conserver une indépendance énergétique – quitte à enfouir des déchets qui mettront plusieurs siècles à perdre leur radioactivité. Une stratégie qui revient à continuer, inlassablement, sur la même route énergétique sans rien promettre de nouveau. 

Nathalie Kosciusko-Morizet promet bien de sortir du nucléaire, mais la promesse ne prévoit aucune échéance ni stratégie pour réussir ce tour de force.

Certains – Bruno Le Maire, Sarkozy et Juppé – sont aussi adeptes de l’abandon du principe de précaution. Un principe inscrit dans la Constitution qui, rappelons-le, prévois qu' »en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement ».

Mais ces promesses sont une chose, les tenir une autre. Finalement, le silence de Jean-Frédéric Poisson est peut-être le honnête des programmes écologiques de cette primaire.

Moran Kerinec

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