Le 19 janvier, les téléspectateurs de France 2 ont sûrement frissonné devant le troisième débat des primaires de la gauche. Il faut concéder que les 7 candidats n’explosent pas l’audience. Mais l’envolée lyrique n’en est pas moins absente.

Après deux heures et demi de débat les conclusions tombent en rafales. Hamon veut une gauche « moderne, authentique, sincère  » . Bennahmias veut la « légalisation d’un cannabis récréatif et thérapeutique  » , c’est ce que nous retiendrons. Montebourg vante une gauche « qui sait affronter les puissances et les puissants  » . Pinel se veut « une femme d’une nouvelle génération  » . De Rugy propose le vote « du parler vrai  » . Peillon parle de « la fierté d’être de gauche  » tandis que Valls veut porter « l’espérance  » . Sinon quoi de neuf à l’international ?

Triste baisé de Syrie

En août 2013, Bachar el-Assad est soupçonné d’avoir utilisé des armes chimiques contre son propre peuple qui  – entre 2011 et 2016 – aurait tué 270 000 personnes selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Ces conflits ont entraîné plusieurs millions de Syriens sur les routes menant vers l’Europe. La communauté internationale s’était indignée et les pays engagés dans la coalition se disaient prêts à intervenir, la France et les Etats-Unis en tête. 

S’il y a un point sur lequel nos 7 fonceurs tombent d’accord, c’est le dossier syrien. Tous exigeraient – si élu – d’envoyer Bachar el-Assad devant la cour de justice internationale pour crime de guerre, confirmant en chœur derrière Valls qu’il « n’y aura pas de solutions durables en Syrie avec Bachar el-Assad  » . 

Un frein demeure :  Vladimir Poutine. Le président russe n’a eut de cesse que de ralentir cette politique interventionniste qui s’est conclue par un échec après le retrait des Etat-Unis à la fin de l’été 2013. Ardent défenseur de ses intérêts en méditerranée, Poutine reçoit aujourd’hui le soutient de Trump sur le dossier syrien. Une question : que faire de ce trio ? Sylvia Pinel résume les dires de ces adversaires en parlant de « négociations élargies  » , soit inclure l’Europe, la Russie et les Etats-Unis, tout en excluant Bachar el-Assad de ces négociations, car la France n’a pas les moyens de lutter seule.

De Rugy rugit

Si vous avez suivi le débat, un passage vous aura peut-être marqué. De Rugy a poussé un grand coup de gueule. Après avoir martelé son projet écolo et son objectif « 100 % énergie renouvelable d’ici 2050, made in France  » qui voudrait que nous lui rappelions que nous sommes en 2017, De Rugy attaque à l’international. Car, c’est beau de faire de grandes promesses, mais après le quinquennat de Hollande celles-ci pourraient jouer en sa défaveur.

L’action syrienne de Poutine fait pâlir l’écolo rugissant qui a qualifié la Syrie de  » laboratoire de Vladimir Poutine  » et parle « d’expansionnisme russe  » . Le député écologiste n’a pas tardé à s’en prendre dans la foulée au nouvel élu américain : « l’avènement de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, c’est extrêmement grave  » assène-t-il. Notre François de gauche a continué en taclant Le Pen et Fillon, ces derniers voulant s’allier à la Russie de Poutine.

Les téléspectateurs maintenant réveillés par ce haussement de ton notèrent que le député de Loire-Atlantique tient à faire le ménage chez nous avant de s’attaquer à de plus gros morceaux. Un conseil Fillon, termine ta bouteille offerte par Poutine, car De Rugy va débarquer !

L’Europe et la France de gauche seule contre tous ?

Faut-il s’attendre à ce qu’une seconde guerre froide éclate entre deux pôles alliant Poutine et Trump face à l’Europe réunie autour de l’Allemagne et la France ? Une question qui prend tout son sens lorsque les dossiers russes et syriens font à nouveau surface. Ces enjeux géopolitiques remettent en question l’Europe et sa défense tandis que Montebourg affirme qu’il est temps pour l’Europe de se « sublimer  » . Il poursuit en posant la question d’une « alliance militaire autonome entre européens  » .

Il semble donc que notre député de Loire-Atlantique et Montebourg soient tombés d’accord. En effet, François de Rugy prône une alliance entre la France, l’Allemagne et la Pologne. Pourquoi ? Car, selon lui la Pologne est en « première ligne face à la Russie  » après l’annexion de la Crimée en 2014. Le député cologiste reprend cet exemple pour prouver une nouvelle fois son terme « expansionnisme russe  » . 

 Valls et sa « déclaration de guerre  » 

Le 15 Janvier dernier, Trump critiquait Angela Merkel et sa politique d’accueil aux migrants dans une double interview par Times et Bild. Les deux journalistes rapportent que ce dernier avait aussi félicité Thérésa May et le Brexit. Chez nous, ces déclarations avaient irrité François Hollande et le gouvernement, Manuel Valls à sa tête. 

En effet, plus tôt dans la semaine le Premier ministre français déclarait sur BFM TV que les propos de Trump: « proposent la dislocation de l’Europe  » ce qui équivaut à une « déclaration de guerre  » . Sur le plateau de France 2, Valls a clarifié ces dires en précisant une guerre « politique  » . Ouf ! Un peu plus et Trump nous envoyait ses GIs en Normandie.

Peillon a vivement réagi face à Valls, « nous ne sommes pas en guerre face aux Etats-Unis  » . Merci Vincent, tu nous rassures tous ! En tant que bon professeur, il remet tout le monde à sa place et reste cool.

Si la gauche conserve la présidence en 2017, la France ne déclarera donc pas la guerre aux Etats-Unis et à la Russie. Cependant, ce dernier débat des primaires a évoqué une situation à l’international complexe et conflictuelle qui n’est pas prête d’être résolue. Manuel Valls et Benoît Hamon affirment qu’il « faut prendre au sérieux  » les mots de Trump, espérons que cette tête blonde ne  suivra pas l’exemple de notre premier ministre.

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