Leçon de culture à l’usage de ceux qui s’en foutent  :

Un Penny Dreadful est un sous-genre littéraire anglais fréquent du XIXème, un doux mélange de conte fantastique et de macabre, vendu pour un penny sur du papier de mauvaise qualité. Avec parfois un brin de porno histoire d’attirer le chaland. L’ancêtre de Playboy avec plus d’hémoglobine en quelque sorte. Et les rosbifs raffolaient de ces petites nouvelles volontairement choquantes. Fin de la leçon. Le rapport avec notre chronique ? La série éponyme pardi !

Penny Dreadful, c’est 8 épisodes mêlant les classiques du fantastique dans un ballet monstrueux. Du Dracula de Bram Stoker au Dr Frankenstein, des séances de spiritisme avec des démons antiques  à la rencontre fortuite du troublant Dorian Gray.  Avec évidemment, au moins une scène d’orgie bien sale par épisode pour ne pas perdre le spectateur devant tant de sport cérébral.

On se demande quel tapineur cocaïnomane a su convaincre des producteurs de violer autant de classiques. John Logan qu’il s’appelle le bonhomme, un scribouillard qui n’avait écrit que des nanars : Gladiator, Le Dernier Samouraï, Skyfall… Non attendez, il déchire grave en fait, et son scénario est à la mesure de son talent. On se laisse embarquer dans le Londres de l’ère Victorienne aux milieux des fumeries d’opiums et des pubs insalubres dans une quête désespérée où chacun cherche sa rédemption.

Même le casting est pêchu avec sa panoplie complète des figures psychotiques : une spirite, possédée à ses heures perdues, un vieil explorateur sans la moindre once de pitié, un ancien porte-flingue qui murmure à l’oreille des loups, un docteur dépassé par ses créations d’outre-tombe et une prostituée tuberculeuse. Pour les interpréter, nous avons droit à la crème de la crème : Dans l’ordre la ravissante Eva Green (Casino Royal, Sin City 2), Timothy Dalton, un ancien James Bond, Josh Hartnett (Sin City), Harry Treadaway qui n’a lui pas besoin de C.V. son jeu d’acteur parlant pour lui, créant l’ambiguïté d’un Dr Frankenstein attachant mais dévoré par ses recherches. Billie Piper, quand à elle, se plait dans son jeu de catin, loin de son rôle dans la série culte Docteur Who.

Cette équipe hétéroclite est assez proche des clichés habituels, elle se dénote pourtant par son aspect plus sombre, plus violent et tourmenté. Genre les bisounours de NCIS avec un vrai scénar’ et plus de cul. Une profondeur qui fait le caractère de la série et la rend à part. Quand pour sauver sa fille un homme se retrouve à torturer un adolescent vampire dans sa cave, qui est le vrai monstre ?

La série est un décalque assumé de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, mais comparé à l’autre rebut cinématographique, la direction artistique est ici impeccable et nous offre même de belles ballades dans un Londres froid et grisâtre. Délaissant les effets numériques, le soin particulier porté aux costumes, maquillages et décors fait le charme de la série et la rend plus réaliste que n’importe quelle créature de synthèse.

Appuyé par une musique magistrale et dramatique, Penny Dureadful ne souffre d’aucun temps mort, tenant son spectateur en haleine jusqu’à son final qui, loin de répondre aux mystères posés tout au long de la série, n’apporte que la promesse d’une deuxième saison intrigante.