Ils sont de retour depuis lundi. Une bande de singes lunatiques et barrés se trimballent de nouveau en liberté. Non vous n’étiez pas bourrés. Enfin si, mais ce n’est pas du delirium tremens cette fois.

Pour rappel, Shaka Ponk est un groupe français qui commence à faire les premières parties, d’entre autres Korn en Allemagne dans les années 2005-2008. Comme quoi les allemands ne sont pas toujours  là où on les attends putain de ligne Maginot. Ils pondent un premier album en 2006  avant de vraiment botter des culs en France en 2009 avec Bad Porn Movie Trax qui, il faut l’avouer, déboîte toujours. Puis un nouvel album en 2012 qui marque au passage le retour timide de Cantat sur scène sur  Palabra Mi Amor, et qui propulse Shaka Ponk parmi les meilleurs groupes de rock français.

Le groupe voulait à sa création mélanger des musiques zen et bouddhistes dans un paquet cadeau d’esprit métal. Zen et Bouddhiste. Mais bien sur. Ce qui explique pourquoi je me suis mangé la botte de Frah, le chanteur à un de leurs concerts. Au passage, oui, il a une coquille de protection. Vous ne voulez pas savoir comment je le sais. Il faut leur accorder que ce sont des bêtes de scènes. Qu’on aime ou qu’on veuille les voir crever la gueule ouverte, tout le monde s’accorde sur les shows du groupe, ce sont des putains de spectacles. Le chanteur est complètement bousillé, saute dans tous les sens, et surtout dans le public et se pète régulièrement tout ce qui ressemble à un os. Le groupe vit pour la scène. Leurs lives sont boostés à l’adrénaline, c’est un périple sous coke non-stop de sons magistraux appuyés par les kaléidoscopes du singe Goz projeté derrières eux.

Lundi dernier, ils ont remis ça. Alors comme on voulait se faire notre propre idée, on a chopé leur dernier album.

Et franchement, c’est mitigé. Quelques titres sont insipides à l’instar de Wanna Get Free, qui est purement commerciale et conformiste. On se retrouve avec des chansons qui reprennent leurs vieux thèmes sans évoluer, et à contrario d’autres qui font des nœuds dans nos neurones apeurés. L’album est à l’image du groupe, schizophrénique. Mêlant des bombes sonores exquises à des rebuts de chansons avortés. Une clinique d’IVG à coté d’une maternité. C’est charmant.

OB Shaka

Mais faut pas cracher dans la soupe, ce nouvel album démonte. Pas trop mal foutu, et même les sons passables ont quelques passages  agréables à l’oreille au bout de quelques écoutes. Bien que l’innovation laisse à désirer, on assiste parfois à quelques tours de force intéressants. Comme Story O’ My LF, où on retrouve le savoir faire du groupe, ce mélange de rock’n’roll et musique électroniques où s’additionne un rap étonnamment bien placé et des envolées de trombones en accord avec le reste. C’est une perle rare aussi plaisante et malsaine que Jack Nicholson exprimant sa passion pour les petites filles dans vol au-dessus d’un nid de coucou. C’est dire le talent.

Le groupe alterne sans problème des riffs hallucinés avec des synthés électros dansants en parfaite harmonie. Et la magie du groupe, c’est de parvenir à mêler les deux styles sans que l’un étouffe l’autre. Les intros de chaque morceaux sont vibrantes et travaillées à l’extrême.

Les paroles perdent de leurs importances par rapport à The Geeks and the Jerkin’ Socks. Elles sont creusées, mais superposées sur le même ton que la musique et se fondent à l’intérieur de celle-ci. Mais ce détail est pardonnable quand on constate de la richesse musicale des titres. Des balades hallucinées avec M0nkey On The Wall et Scarify, des passages aux limites du métal avec Wotz Goin’On. Un peu de groove raggae avec Last Alone et du hard rock dans Black Listed, c’est un véritable melting-pot de styles disparates qui fait plaisir.

Mine de rien, c’est un bon album, composé de sons travaillés, mais pas tout à fait au niveau de ce qu’on pouvait attendre du groupe. Ils ont tentés de renouer avec leurs premiers amours datant de Loco Con Da Frenchy Talking’ avec plus ou moins de succès. Néanmoins, ce sont clairement des chansons faites pour la scène, et c’est cela qu’on veut de Shaka Ponk, qu’ils nous fassent vibrer en live.

Alors cirons nos Doc Martens, il est l’heure de retourner pogoter psychotiquement avec ces dingues.