Au vu de leurs prouesses, on les qualifierait de déséquilibrés, et pourtant, de l’équilibre ils ont fait leur spécialité ! Totalement déjantés, quand ils marchent sur la ligne, ça n’est pas pour contrôler leur état d’ébriété. Lévitant bien au-dessus des lois de l’apesanteur, ils disent « fuck » à Newton et n’attendent pas que la pomme tombe pour aller la croquer! Ce sont les slackliners !

Slackline, c’est le nom de cette discipline d’équilibre qui fait depuis peu ravage dans le monde du freestyle et des sports à sensation. Mais slackline, c’est aussi le nom de cette sangle plate à la qualité plus ou moins élastique que l’équilibriste slackliner tend au-dessus du vide grâce à deux points d’attache, et sur laquelle il peut marcher, sauter, danser, réaliser des figures, bref, s’éclater.

Alors avant que vous vous décidiez à poursuivre la lecture de cet article, Open Bar préfère vous avertir : poser le pied sur une slackline, c’est d’abord se rétamer une bonne première fois, puis c’est la volonté de ne plus jamais en redescendre.

OB_ slackline à deux - Copie

Slackline niveau débutant

Ce sport addictif par sa mélange funambulo-trampolinistique est né au début des 60’s en Californie. Au départ nommée ‘corde molle’, la pratique fut inventée dans le but d’entraîner les grimpeurs du parc à l’équilibre et renforcer leur musculature. Par la suite, la corde laissa place à la sangle plate, plus confortable. En 1983, trois slackliners inventent la highline en tendant une corde à grande hauteur sous le pont de Pasadena. ‘High’ signifie ‘haut’, mais ‘high’ est aussi le premier mot qui nous vient quand on voit un highliner glisser de sa sangle. Attirant les drogués d’adrénaline, la pratique s’intensifia et des lignes s’installèrent un peu partout sur le globe, des glaciers himalayens aux plateaux télévisuels états-uniens. Cependant, la pratique ne s’imposera pas comme un sport ouvert au grand public, et ne prendra de l’importance que dans certains pays anglo-saxons comme l’Allemagne. Mais la slackline prit son véritable essor vers 2007 grâce à l’avènement de la slackline dite freestyle et sa propagation virale sur le web et en milieu urbain. La discipline n’attendait plus alors que son Messie… En 2012, l’équilibriste virtuose Andy Lewis, vêtu et survolant la scène comme un ange, illumine de grâce le monde de la slackline en donnant le show aux côtés de Madonna durant la mi-temps du SuperBowl.

Andy Lewis en prince de la slack' aux côtés de la reine de la pop Madonna

Andy Lewis en prince de la slack’ en compagnie de la reine de la pop Madonna.

Ce coup de publicité aurait soufflé sur les braises et foutu le feu au cul du phœnix, car on estime aujourd’hui à plus de 20.000 personnes le nombre de pratiquants de slack’ dans le monde. La slackline se divise aujourd’hui en plusieurs catégories dont la première se nomme trickline. ‘Trick’ peut être traduit par ‘figure’, mais c’est aussi ce qu’il se passe dans le froc de ces barges à chaque fois qu’ils entendent ces termes : Atomic Butt Bounce, Drop knee, Said Spin, Mojo Tap Spin, Lemur Leap et on en passe. La trickline ayant cet avantage de la jeunesse, ces pratiquants peuvent en effet laisser leur imagination forniquer avec leur passion, et il n’a pas fallu attendre 9 mois pour voir naître un vocabulaire technique délirant.
En bref, les tricks se divisent en deux grands genres : les figures dynamiques composées majoritairement de sauts et de rotations ; et les figures statiques, lesquelles ravaleraient les figures yogiques les plus complexes au rang de simples étirements musculaires.
Et comme toutes passions, les trickliners ont celle de la partager ! C’est pour cette raison que fut organisée en 2010 la première coupe du monde de trickline, se déroulant depuis lors chaque année à Munich :

World Cup 2014 : Une corde, des fous-à-lier, mais personne pour les attacher avec.

Vient ensuite la deuxième grande catégorie, celle de l’historique longline consistant à rallier deux points éloignés grâce à une longue sangle –record établie à 310m ! De la longline découlent deux sous-disciplines – ou bien plutôt sur-disciplines, au vu des exploits réalisés : La waterline qui permet de se faire quelques frissons…

"Merde, j'ai oublié les hameçons..."

« Merde, j’ai oublié les hameçons… »

…et la highline permettant de viser toujours plus haut dans le domaine de la folie :

Viser haut...

Viser haut…

...encore plus haut...

…encore plus haut…

...toujours plus haut...

… toujours plus haut, jusqu’à décrocher la lune…

...et se contrefoutre des limites.

… tout en se contrefaisant des limites.

Les slackliners sont ainsi passés maîtres dans l’art du ‘saugrenu’ et se sentent prêts à relever les plus grands défis. Il existe ainsi deux autres catégories de slacklines visants à compliquer la donne : la blindline et la rodeoline. La première consiste à garder l’équilibre sur la sangle, mais en s’interdisant le sens de la vue, ainsi que le bon sens…

"Bon les gars, c'est bien sympa cette idée de jouer au colin-mayard sur l'atominium de Bruxelles, mais vous êtes où sérieux?"

« Bon les gars, c’est bien sympa cette idée de jouer au colin-mayard sur l’atominium de Bruxelles, mais vous êtes où sérieux? »

…, tandis que la seconde consiste à revenir aux origines de la slackline, la ‘corde molle’, en détendant au maximum la sangle. A l’instar du rodéo, l’objectif de la rodeoline est de rester le plus longtemps maître de sa monture.

Les slackliners, se jouant ainsi de tous supports et lois physiques, paraissent ainsi ne pas connaître et reconnaître de limites. Et c’est la raison pour laquelle certains jugent la discipline comme dangereuse, voire justement… indisciplinée. Les défis toujours plus dantesques et médiatisés relèvent en effet chaque fois plus la barre du raisonnable, comme le prouve la mythique performance de la cascadeuse Faith Dickey, prouesse qui a su alimenter les passions et les fantasmes sur le web.

Vivre sur le fil du rasoir.

Et c’est pour répondre à ce besoin de structuration et de réglementation que fut créée le 20 mai 2011 la Fédération Mondiale de Slackline (WSFed en anglais). La Fédé a ainsi pour vocation de rassembler les fédérations et associations de slackline du monde dans le but de réaliser un travail mutuel et cohérent. Les enjeux sont de fédérer et assurer les pratiquants de cette ‘sauvage’ discipline , de leur enseigner les règles de sécurité ainsi que les usages et techniques. La WSFed a de plus la volonté de professionnaliser la discipline en créant et standardisant des règles de compétition communes et mondiales, en formant des juges, professeurs, et athlètes s’inscrivant dans un classement mondial.

Se sentir au-dessus de tout.

Se sentir au-dessus de tout.

La slackline a donc aujourd’hui passé le cap des 50 berges et a fondé une belle grande famille. Et c’est bien connu, la crise de la quarantaine passée, on veut se poser. Seulement, rassembler autour de règles préalablement posées les slackliners, eux qui jusqu’alors ne respectaient pas même la loi fondamentale de la gravité, ne va-t-il pas venir limiter leur expression imaginative comme c’est aujourd’hui le cas pour le surf avec un système quadrillé et restreignant de notations ?

En tous les cas chers lecteurs, si la slackline a su vous conquérir, elle n’attend maintenant plus que vous !

Antonin Cyrille