T’es là, serein, profitant du bonheur auditif qu’un boys band en goguette t’offre à coups de riffs et de solos magistraux quand, saloperie de karma, ce salopard aviné t’éclabousse de sa binouze coupée payée trois fois son prix. La vie est une catin, mais tu le savais déjà.

Bienvenue dans la faune sauvage des salles de concerts et des festivals.

Les siroteurs de vinasse :

Abreuvés jusqu’à la moelle, ils sont là et te le font savoir. Le pogo rythme leur vie. Tenter de grimper sur scène en est le but ultime. Se faire démembrer par la sécurité en est la fatalité. Le destin d’un alcoolique mélomane n’est guère enviable. Bonne nouvelle, l’alcool émoussant les sens, ils reviendront mimer les plus beaux instants des épileptiques, bave aux lèvres et gestuelle saccadée de rigueur après s’être fait déboîter en backstage.

Les religieux :

La messe musicale est de rigueur pour ces groupies. Ceux-ci sont venus en supporters frôlant les stalkers. On ne bouge pas, on fredonne à voix douce, bercé d’extase devant un chanteur dont on ne distingue pas le pire vice : la coke ou le botox. Pour monsieur, c’est l’occasion d’écouter la parole divine délivrée par un messie égayant les salles des fêtes. Pour madame, celle de contempler son Christ ressuscité sur lequel fantasmer quand son compagnon veut jouer à la bête à deux dos.

Les journalistes :

De la blogueuse live-tweetant le concert sans profiter des mélodies aux photographes salauds bloquant la vue du premier rang pour se payer leur canigou mensuel, ce sont les membres d’une espèce nuisible à pourfendre à coups de Doc Martens. Je le sais, je suis une de ces crevures. Nous aimons la douleur.

Les mêmes prolétaires du verbe vous attendront en embuscade avant et après le concert pour ramasser quelques témoins à citer dans toute la beauté de la prose française. Extraits :

« Alors, vous êtes impatient d’assister au concert ? » « Non mon brave godelureau de la plume, j’ai raqué cent balles pour venir voir des pisseux incapables de sortir un bon album depuis 15 ans. »

« Alors, comment avez-vous trouvé le concert ? » « Bonne question. C’était pas vous l’imbécile heureux avec un appareil photo coûtant le PIB du Malawi qui gâchait la vue ? Viens par ici que je t’explique la vie à coups de barre à mine. » Ambiance.

Les indécis:

Dansera ? Dansera pas ? Ces Bayrou en sneakers arpentant les salles de concerts tentent vainement de bouger leur boule. Non pas qu’ils soient cacochymes, mais la peur du regard de l’autre les pousse à se trémousser mollement, sans assumer l’envie sauvage de pogoter dans tous les sens. Les timides en impuissance s’abreuveront de courage liquide avant d’enfin exprimer leurs pulsions, et rejoindront les hordes des bourrés secouant leur couenne jusqu’à se faire déchausser le dentier par les mastodontes illettrés de la sécu.

La sécu :

De concerts en raves, il a fallu en protéger des chanteurs, en taser des groupies, en calmer des bourrés, en distribuant de sévères, mais justes, tatanes. Il faut les comprendre : être payé pour protéger des artistes tentant de se suicider en slamant dans une foule éparse et supporter le grincement d’un groupe de cornes de brume, dont les élucubrations plates ne sont pas sans évoquer les pages d’un bon Marc Lévy… Il y a de quoi rendre n’importe qui violent.

Le groupe :

Un concert n’est rien sans musique. Des monstres sacrés offrant systématiquement le même show rodé depuis 30 ans, aux jeunes imberbes tremblant devant leur premier public, en passant par l’alcoolique/cocaïnomane/exhibitionniste (rayer le vice inutile) traînant des pieds sur scène pour racoler un cachet. Certains confondent parfois les planches de la scène musicale avec celle d’un meeting politique, que ce soit avec une justesse impressionnante – en témoigne Bruce Springsteen du côté bolchevik de Berlin – ou une énonciation de lieux communs affligeants, à l’instar de Saez sensibilisant ses cohortes prépubères de grands sermons ponctués d’« ah les banques c’est que des salauds, les gouvernements des corrompus et ma bière est vraiment trop tiède ». Quitte à enfoncer des portes ouvertes, autant s’engager au GIGN, ils adorent ça.

Les cinéastes :

Certains viennent aux concerts pour profiter des envolées lyriques de poètes apathiques, d’autres pour les partager avec leurs cinq abonnés YouTube. Ils dégainent l’iPhone 6 plus vite que Rocco sa plus vite que DSK son plus vite que Clinton ses… Bref. Un coup de coude dans les côtes les fera lâcher leur bébé fabriqué par des Vietnamiens faméliques. Ils le méritent, gâcher la vue d’un concert devrait les condamner au peloton de sodomisation.

L’indien : 

Cousin germain du bourré, l’indien est un être issu d’un autre espace-temps. À l’écart de la foule, il danse, généralement seul, parfois en meute de deux ou trois individus. À coups de MDMA et autres éclateurs de synapses, il vit la musique, la gesticule, insensible au regard moqueur des badauds le jugeant sans complexe. L’allure à mi-chemin entre le punk à chien et l’ultime rescapé de la tecktonik, c’est un héros des temps modernes d’une sensibilité artistique rare qui le pousse à montrer son cul pour cacher son cœur.

On en a oublié ? À vous de les décrire dans les commentaires !