On les dit transfuges de la Russie Stalinienne, les Soviet Suprem n’en ont rapporté que leur EP Bolchoï. Sylvester Staline, John Lénine et leur DJ Croûte Chef, les cousins moscovites de La Rue Kétanou, marquent leurs débuts par un joli hold-up musical. Une entrée en fanfare sur la scène française qui n’a nécessité que de 4 titres et d’une petite dernière tout  juste diffusée.

Vivant, plein de charme et appuyé par un visuel fort et des clips travaillés, la mère Russie en prend pour son grade avec les expatriés de La Caravane Passe et Java. Ce mélange de rap, de musiques traditionnelles russes et d’une gouaille acerbe rafraîchis même la plus frigide des mères maquerelles sibériennes.

L’EP démarre sur les chapeau de russes avec Red Army un hommage à l’URSS sur fond des chœurs de l’Armée Rouge. Un hymne militaire symbolique où s’esquisse un parlé franc mais encore timide, effacé derrière la puissance des voix russes. Une intro courte, certes, mais intense.

Le ton remonte vite avec le titre éponyme Bolchoï, un mélange détonnant entre danse traditionnelle russe et sons électroniques, sans compter sur le soupçon de trompette en fond. On se perd avec plaisir dans cette univers bâtard, à mi-chemin du bal musette désuet et de l’ambiance boite de nuit.

S’ensuit Rongrakatikatong, ballade musicale triste relatant l’épopée d’un couple au mari violent et volage. Soviet Suprem n’est pas du genre à laisser Bertrancantater les femmes sans se débattre.  Extrêmement rythmée et bien construite, cette chanson d’amour Balkanique sur fond de mélodie russe a le seul défaut de rester gambader dans votre cervelet pendant des heures. Non pas qu’il y est de quoi s’en plaindre.

Lassé du rap US ? Tentons le rap URSS avec Estearn Western. Au son des gangstas répondent les échos des goulags. Une impasse mexicaine entre le Bon, la Brute et le Soviet. Le registre et creusé, les punch-lines imagés et le rythme éreintant. Vivifiant et éclectiques, la perle de l’album réussi le pari de mélanger les cultures dans un pot-pourri Est-Ouest sans concession. L’association du violon rajoute un charme certain à ce titre.

Hors-compétition, on découvre Rideau de fer, l’amuse bouche de leur prochain album, néanmoins la patte du groupe s’affine déjà en nous laissant entre-apercevoir une musique mélancoliquement burlesque et alcoolique appuyé par son refrain entêtant. Le groupe s’éloigne du rap mais conserve la touche soviétique qui lui sied bien.

On décèle au sein de ce premier EP les éléments d’une réussite futur. Le thème principale des chansons ne plaira pas à tous, néanmoins la recherche du bon mot fait la qualité du groupe et lui donne un caractère riche en couleurs. On se laisse séduire par ce paysage musical soviétique et grandiloquent. L’humour grinçant que les deux chanteurs introduisent au travers d’une vision caricatural de l’URSS fait mouche. Nostalgiques de Gorbatchev et appréciateurs des bonnes punch-lines, un seul conseil : jetez-vous dessus comme Poutine sur l’Ukraine.