Une petite énigme pour commencer : que se passe-t-il quand un réalisateur norvégien rencontre Benedict Cumberbatch et Keira Knightley pour tourner un film sur un mathématicien homosexuel ?

Réponse : The Imitation Game. Ou l’art de faire un film à succès  sur un sujet dont tout le monde se branle. Car, à part les férus de mathématiques et les passionnés de la Seconde Guerre Mondiale, ce film ne brasse pas un large public (NDLR : nous avons choisi de ne pas mentionner le fangirling ambiant régnant autour de la personne de Benedict Cumberbatch, qui a guidé de très nombreuses jeunes filles en fleur jusque dans les salles obscures… Oups).

The Imitation Game aurait donc dû passer inaperçu et tomber dans les méandres des films diffusés sur ARTE ou Histoire à trois heures du matin. Mais c’était sans compter le fangirling la remarquable interprétation de Benedict Cumberbatch qu’ont remarquée les illustres inconnus qui choisissent les films nominés pour les Golden Globes, les BAFTAs et surtout les Oscars. C’est ainsi que The Imitation Game se retrouve en lice dans huit catégories pour les Oscars, dont celle du meilleur film. Rendez-vous le 22 février prochain pour découvrir le palmarès de la cérémonie.

Sorti en France le 28 janvier dernier, The Imitation Game est un biopic grâce auquel on découvre une autre facette de la Seconde Guerre Mondiale. Le film la mentionne, mais vous ne verrez quasiment aucune scène de bataille. Il y a une forme d’intellectualisation de la guerre. Tout se passe dans les bureaux, où les femmes tentent de traduire les messages allemands interceptés.
C’est là qu’entre en jeu Alan Turing. Jeune et brillant mathématicien, il doit trouver une façon de décoder les instructions envoyées depuis la machine « Enigma » par l’armée germanique. Alan Turing s’entoure donc d’une bande de joyeux lurons, qui ont du mal à accepter qu’Alan les prenne de haut. Il faut dire que le garçon ne cache pas son égo. Notons la présence de Keira Knightley, qui interprète Joan Clarke, présence féminine essentielle (voire vitale) dans le monde si masculin des mathématiques. Tous ensembles tentent de construire une machine qui permettra de traduire n’importe quel message envoyé par les forces de l’Axe.

The Imitation Game relève aussi un passé peu glorieux et assez méconnu au Royaume-Uni : la persécution des homosexuels au court du 20ème siècle. Alan Turing était gay et cela lui a attiré pas mal d’ennui. Pour éviter la prison, il a préféré la castration chimique par prise d’œstrogènes. Ce qui lui fut fatal. Le mathématicien est un exemple parmi tant d’autres car on suppose que 50 000 homosexuels ont été arrêtés au Royaume-Uni entre 1885 et 1967. Alan Turing a dont été bien mal récompensé pour ses services rendus aux Royaume et aux Alliés avec la Guerre. Il faudra attendre le 24 décembre 2013 pour que la Reine Élisabeth II le gracie à titre posthume.
Par ailleurs, depuis la sortie de The Imitation Game, de nombreuses voix s’élèvent pour défendre les gays condamnés pour leur homosexualité. Des acteurs comme Benedict Cumberbatch ou encore Stephen Fry (Sherlock Holmes, The Hobbit) ont demandé la grâce des homosexuels condamnés pour leur orientation sexuelle au Royaume-Uni par le biais d’une lettre ouverte au gouvernement britannique à laquelle ils ont ajouté leurs noms.

The Imitation Game est un film qui ne ressemble à aucun autre. Benedict Cumberbatch endosse le rôle d’une personnalité jusqu’alors inconnue du grand public. Il interprète Alan Turing avec l’ingéniosité et la complexité nécessaires pour faire revivre le mathématicien, plus de 60 ans après son décès. Ce film est un merveilleux hommage pour cet homme qui ne fut pas reconnu à sa juste valeur uniquement à cause de son orientation sexuelle.
Malgré un sujet atypique, le film ne traîne pas sur la longueur car il est parfaitement réalisé et monté afin que le spectateur ne s’ennuie pas. Basé sur des flash-back (comme de très nombreux biopics), le récit d’Alan Turing captive et séduit l’audience.
L’unique critique que l’on peut faire à propos du film est l’absence quasi totale d’explications sur le système de cryptage d’« Enigma ». On mentionne la machine et son utilité, mais on ne sait pas comment elle fonctionne. Certainement qu’il aurait été beaucoup trop compliqué l’expliquer en détail, mais cela crée un petit vide et un manque au sein de l’intrigue.

Néanmoins, à la fois fascinant et élégant, The Imitation Game est le genre de film comme on aimerait en voir plus souvent au cinéma.