La nuit dernière, Pavle est mort. Avant ce merdier, Pavle était défenseur dans l’équipe de foot. Cette fois, il n’a pas couru assez vite. Pourtant il savait qu’il risquait sa vie a rôder, dès la tombé de la nuit, pour nous rapporter de quoi manger un jour de plus, de quoi soigner les blessures d’Elva ou de quoi nous réchauffer. C’était peut-être un milicien, un rebelle ou un junkie croisé au détour d’une rue qui l’a descendu. Un pauvre bougre, cherchant comme nous à survivre cette enfer un jour de plus…

This War of Mine, au-delà de son aspect ludique, nous fait vivre sans pudeur la réalité des victimes d’une guerre civique, celle du siège de Sarajevo. Scénarisé par ses survivants et réalisé par les Studios 11 Bits, ce jeu rappelle aux pauvres naïfs que nous sommes que l’être humain est, basiquement, une sale race.

Vous plaçant à la tête dun groupe de rescapés, le jeu se découpe en deux parties : le jour destiné à organiser la survie du groupe et les actions de chacun, et la nuit dédiée aux escapades solitaires du plus suicidaire de vos hôtes. Vous aurez l’occasion de passer dire coucou à vos voisins en les détroussant, d’échanger des clopes contre des balles aux militaires et de vérifier si hôtel est vraiment remplie de sociopathes. Il lest et ces mecs séquestrent d’autres pauvres âmes pour leur faire découvrir les joies de la fissure anale. Que du bonheur.

Les escapades nocturnes vous feront serrer les fesses.

Les escapades nocturnes vous feront serrer les fesses.

Les jours se succèdent les uns après les autres, révélant l’autre visage des conflits armées : celui des innocents. This War of Mine offre un regard et une réflexion implacable sur la vie des civils pendant la guerre. Sur leurs choix cornéliens. Collaborer contre de la nourriture? Voler un hôpital pour soigner votre ami ? Sauver une jeune fille d’un soldat au péril de votre vie ? Chaque choix aura une influence sur la progression émotionnelle et psychologique de vos personnages. On peut être tenté de la jouer comme Conan le Barbare et de tuer, piller et ripailler sur les corps de vos rencontres nocturnes, mais cette bonne idée conduira les personnages de votre groupe à se tirer en volants vos provisions ou à se suicider de remords.

Les mécaniques du jeux sont répétitives, mais elles permettent de mettre en place des stratégies sur le long terme. Qui s’effondreront la plupart du temps en raisons des imprévus à la moindre erreur ou coup dur du destin : mort en expédition, pillage de votre squat… Il faudra gérer avec délicatesse tout les détails liés à votre survie :  le froid, le moral, la nourriture, améliorer votre habitat, gérer les addictions au tabac et au café, la production de d’outils, les expéditions , la garde de la maison la nuit, le repos… Et cela vous rendra fous.  Les rencontres avec les différents PNJ, chacun tentant eux aussi de survivre et agissant intelligemment selon leurs propres besoins, sont aussi un des points forts du jeu. Toutes vos approches seront différentes en fonction des réactions adversaires.  

Avec son esthétique noir-de-gris, très sombre et un monde fait de décombres, le joueur baigne dans une ambiance suintant le désespoir. Les développeurs ont choisi un système de plateforme en deux dimensions qui fonctionne du feu de dieu. Et même si celui-ci est parfois limité quand il s’agit de se cacher ou de courir, mais cela ne fait que renforcer la difficulté et le réalisme des situations désespérés. La bande-son est elle d’une sobriété et d’une finesse qui force le respect.

Le but n’est pas de gagner, mais de survivre. Ni véritable salaud, ni vrai héros ne peut émerger de cette guerre civil. C’est dans ce réalisme poussé jusqu’à la douleur que This War Of Mine s’illustre le mieux. Une crédibilité qui fait pardonner toutes les erreurs du jeu. Basé sur une stratégie de la tristesse, le scénario est époustouflant tant l’immersion du joueur est intense. Il le place face à sa conscience et à ses propres choix moraux dont il devra accepter les conséquences. Les personnages répètent sans cesse que ce n’est pas un bon jour, il n’y a pas de bon jour, il n’y en aura plus pour les survivants de cette guerre civil, que ce soit en perdant ou en gagnant, ce sera la main crispé sur la souris et la larme à l’œil devant un final brillant de sincérité.