Tressym excelle dans le human beatbox, discipline qui consiste à imiter des instruments uniquement avec sa bouche. La technicienne buccale nous parle ici de son parcours qui l’a mené jusqu’aux championnats du Monde de human beatbox. En gardant un pied sur le devant de la scène, la beatboxeuse a sauté le pas vers un nouveau public, celui des enfants à qui elle enseigne sa passion. Une interview où il ne faut lire que les consonnes, avec en bonus un p’tit cours vidéo privé signé Tressym !

Salut Tressym, peux-tu te présenter ?

Salut ! Tressym. 27 piges. Double vice-championne de France de human beatbox. J’ai aussi été qualifié pour les championnats du monde, j’ai représenté les ladies et Marseille, yeah represent héhéhoho yeaaah *rires*. Je fais du human beat box depuis 15 ans et depuis 3 ans j’ai la chance de vivre du human beatbox. Je fais du beatmaking aussi. C’est quand tu composes des musiques avec un synthétiseur, un microkorg, un pad Akai et une loop station qui permet de créer des boucles sonores. Sur scène, je fais du freestyle en solo, je fais des concerts avec des rapeuses, des chanteurs, des musiciens…

Comment t’es-tu lancée dans cette discipline ?

J’ai commencé à faire du human beatbox à l’âge de 12 ans. Mon grand cousin qui a dix ans de plus que moi faisait des petits sons. Ils reprenaient les musiques en beatbox et j’ai pris cette habitude-là moi aussi. Il était toujours avec des synthés et d’autres outils pour faire du son. Et chaque fois qu’il ne s’en servait plus il me les refilait. J’ai pris l’habitude de construire ma musique comme ça. Ensuite c’est devenu plus qu’une habitude.

Après 15 ans de travail, tu as trouvé ton style propre ?

J’aime bien le style à l’ancienne et le style nouveau. J’aime bien mélanger les deux. À l’ancienne j’aime bien tout ce qui est roulement de batterie, les scratchs, les trompettes, le côté jazz… Et de l’autre côté j’aime aussi le style rap, house ; la deep house j’adore, la bossa nova aussi. Tous les styles de musique que je kiffe je les fais en human beatbox et en beatmaking.


« Aux championnats du monde, j’ai fait de l’opera beatbox pour faire une petite dédicace au fait que je kiffe aussi le style classique ».

As-tu des inspirations ?

Ceux que je kiffe dans le beat box : Michael Jackson déjà évidemment. J’aime bien sa méthode : il a une idée de musique dans la tête, il va la faire en beat box et après il va la construire. Je m’inspire aussi de Rahzel et de Kenny Muhammad. J’aime bien Eklips aussi, c’est plein d’imitations vocales ; il imite bien la voix des rappeurs.

De ton côté tu as participé au championnat du Monde, qu’as-tu ressenti ?

Les championnats du monde c’est vrai que c’est quand même spécial. D’un coup on s’ouvre au monde. On voit comment les autres se sont entraînés. Ce que j’aime bien c’est l’échange qu’on peut y trouver clairement. Malgré le fait que l’on vienne de pays différents nous avons tous le même langage : le human beatbox.

Et ça se déroule comment un championnat de beatbox ?

Déjà, il y a les étapes de qualification. Comme tu as envie de te qualifier, il faut que tu donnes beaucoup. Les championnats de France, comme les championnats du Monde, c’est jugé sur la propreté, la musicalité, l’ambiance avec le public, la technique. Ce sont les points essentiels. Le battle dure 1 minute 30. Pour les qualifications il faut que tu envoies pendant deux minutes pour te qualifier mais pas non plus des masses parce qu’il faut garder quelques techniques pour la suite.

human beat box marseille

©Julia Téfit

Retrouve-t-on des particularités pour les compétitions féminines ?

Chez les filles le problème c’est qu’on n’est pas beaucoup, on est trois en général… Cette année par exemple je me suis présentée au championnat de France en décembre 2016 : j’étais la seule inscrite dans toute la France ! Je m’étais entraînée tout au long de l’année et ils ont voulu m’annuler les championnats pour la catégorie femme. J’ai trouvé ça injuste quand même. Il y a quelques années une seule beatboxeuse s’était présentée et elle est devenue championne parce qu’elle s’était entraînée toute l’année, elle était là, déter !

Bon, cette année ça ne s’est pas passé comme ça donc j’ai proposé de le faire avec les hommes. Au début ils m’ont dit de venir et de faire juste un show. Je leur ai dit que le show je le fais tous les week-ends et que je n’ai pas besoin d’aller au championnat pour le faire. J’ai eu trois semaines d’insomnie, le temps qu’ils se décident et acceptent que je participe avec les hommes. Les femmes ont donc participé pour la première fois avec les hommes cette année !

Quelque chose qui t’a marqué pendant tes compétitions ?

Une anecdote rigolote : j’étais au championnat de France 2011 et je rencontre à nouveau Flashbox qui est vice-championne du Monde 2012 – mais pour moi c’est elle la plus forte. J’avais beaucoup de stress… et c’est vrai que j’ai un peu picolé avant de monter sur scène *rires*. Du coup j’ai un peu raté ma presta… J’ai fait quand même des trucs cools mais à la fin du temps imparti, je ne me suis pas arrêtée… Ils me disaient « stop stop ! » *rires*. À la fin, la maman de Flashbox vient et me dit : « c’est la dernière fois que je te vois boire. Je ne veux plus que tu boives quand tu fais les concerts ! » Elle m’a vraiment fait la morale ! Elle m’a marquée. À tous mes championnats j’ai sa tête qui revient et qui me dit « ne bois pas trop ! Bois deux verres max et tu bois après ! ». En 2013 je me suis retrouvée en finale du championnat de France face à Flashbox et je suis devenue vice-championne de France derrière elle. J’ai pas picolé et j’ai vu la différence *rires*.

Au-delà de la scène, tu te retrouves dans le nouvel album de Keny Arkana avec le titre « Freestyle Beatbox » ! Comment tu en es arrivée là ?

On était sur le clip de Keny « De l’Opéra à la Plaine 3 ». Après avoir tourné le clip, un collègue est venu avec son enceinte pour freestyler un p’tit peu entre nous. Venu mon tour, j’ai beatboxé et Keny a kiffé. Elle m’a directement proposé de me revoir, de monter sur Paris et d’enregistrer pour son prochain album. J’ai accepté. Et ouais je trouvais ça lourd : j’ai enregistré un instrumental 100% beatbox juste avant que l’album sorte. Tout le monde attendait le disque depuis longtemps.

J’ai fait connaissance avec son texte et on s’est fait un petit rythme. Après j’ai terminé le morceau seule car quand je compose je suis dans mon monde. J’avais carte blanche, elle m’a dit « je te fais confiance ».

Avec Keny, on se rend compte qu’on a beaucoup de potes en commun. Tu passes un après-midi avec elle et t’as l’impression que tu es avec un collègue *rires*. Après, que ce que je fais lui plaise c’est vrai que ça me touche car c’est quand même une artiste renommée ; elle représente bien le rap et les ladies.

Tu collabores avec d’autres artistes ?

En ce moment je fais des duos avec un chanteur qui s’appelle Vincent Vella. Il a participé au dernier The Voice. Il a un grain de voix très spécial, très grave, très rock. En ce moment on s’entraîne beaucoup. Parfois on se rejoint sur nos scènes respectives. On fait des covers, on prépare des compos aussi. Ça va groover donc on est à fond dans les roulements.

A côté du show, tu enseignes le human beatbox. Comment apprend-on cette discipline ?

Tout le monde peut réussir à faire du beat box car on part sur une base simple : des P, des TS, des K. En général les gens ont vraiment l’habitude de prononcer ces lettres-là. Il suffit juste d’insister sur la consonne et on peut beatboxer : pâte au pistou quiche couscous pizza quiche (ndlr : elle le prononce en insistant sur les consonnes), c’est la phrase mythique ça ! Celui qui m’a appris cette phrase c’est L.O.S qui a été le premier champion de France de human beatbox en 2006.

Il y a des jeunes qui regardent des vidéos et en 2- 2, ça y est ils arrivent à faire des trucs de ouf sur lesquels toi tu galères depuis longtemps. Mais j’aime pas trop cette méthode parce qu’il n’y a pas trop de contact direct entre human beatboxers. Il n’y a pas de « human » *rires*.

T’as des projets sur le feu ?

Il faut rester connecté sur les réseaux sociaux, sur ma page Tressym Beatbox. Il y a beaucoup de choses qui vont arriver à la rentrée et l’année prochaine. C’est en préparation et ça va être très sympa !

Merci Tressym’ ! Et pour finir sur une de tes meilleures citations : pâte au pistou quiche couscous pizza quiche.

Antonin Cyrille
Photos et tournage vidéo ©Julia Téfit

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