Un rêve ! Voilà le mot. On assiste à un rêve que nous n’oublierons pas de sitôt. La tortue rouge fait vibrer, ensorcelle tandis que nos yeux contemplatifs profitent de ces dessins fait à la main, si rares aujourd’hui. Ne pensez pas qu’il s’agit d’un « simple » film d’animation bourré de voix tonitruantes car lorsque l’écran s’allume, zappez tout le reste et savourez.

L’histoire d’un mythe tout en musique

Dès les premières images, on sent le sol se dérober sous nos pieds, happés par les vagues. L’océan se déchaîne sur cette pauvre âme qui s’accroche à la vie. Le vacarme des éléments nous colle la boule au ventre. Va-t-il s’en sortir ? Oui, mais pas seul. Puis, nous rencontrons un homme sur une île déserte, autre que Robinson Crusoé, sans cabane dans les arbres et pas  Vendredi à l’horizon.

Depuis son arrivée sur ce bout de terre, le barbu va-nu-pieds s’accroche à l’idée de s’échapper pour survivre. Problème, une immense tortue rouge l’en empêche. Pourquoi ? On n’en sait rien mais on va vite le découvrir. Cette tortue qui se fait femme donne au personnage une nouvelle existence. Elle est un « animal-mère », notion venue directement de la mythologie japonaise.

La tortue rouge marque le cycle d’une vie qui commence par la mort; c’est la magie des studios Ghibli et du français Michael Dudok de Wit incarné par la musique, un personnage à elle seule. La bande son de Laurent Perez del Mar unit le personnage à son environnement en nous décrochant une larme à plusieurs reprises, avec légèreté et magnificence.

Un film pro-environnement plein d’humanité

Les dessins légèrement aquarellés, très épurés et naïfs poussent l’imagination du spectateur à prendre conscience du danger qui semble rôder. À force d’échouer à quitter cette île, la nature pousse l’homme à modifier le regard qu’il porte sur son environnement. Puis, le silence vient, la tension monte et la nature reprend ses droits, rythmée par l’orchestre. Ce film presque muet en fait l’éloge, aussi douce que mortelle, ennemie et meilleure compagne de l’Homme, qui se doit de la respecter.

La tortue rouge est une œuvre des sons qui ne fait que suggérer. Ainsi, même si nous réalisons que la salle est à 80% faite d’enfant mais, la poésie sonne d’une telle manière que petits et grands se laissent porter par une magie, une transe exquise qui se finira trop tôt. Quelques scènes resteront peut-être un peu «gnan-gnan » pour certains, malgré tout, la claque que le spectateur reçoit reste efficace car la prise de conscience est réelle. L’Homme, simple microcosme parmi les autres permet à Michael Dudok de Wit de nous faire comprendre que ses personnages ont conscience de l’immensité du monde.

Primé dans la catégorie un Certain Regard au 69ème Festival de Cannes, ce film fond comme un bonbon acidulé, une montagne russe émotionnelle qui hypnotise et donne à réfléchir.