Vice-Versa (Inside Out dans la langue de Shakespeare) est le fruit de la collaboration des studios Disney-Pixar. Salué par la critique et présenté hors compétition au Festival de Cannes, le nouveau film d’animation est très attendu, pas seulement par les enfants et les parents, mais aussi par un large public séduit par le postulat de base du synopsis.

En effet, loin du film Disney princesse ou des jouets/animaux qui parlent, Vice-Versa plonge les spectateurs dans le cerveau de Riley, stéréotype de la préadolescente américaine un peu garçon manqué. Pour cela, les scénaristiques nous proposent de rencontrer les émotions de la jeune fille : Joie, Tristesse, Peur, Dégoût et Colère. Si tout cela peut paraître un peu simpliste, le film rappelle à ses spectateurs l’impact des expériences sur la personnalité de chacun. Ces cinq émotions sont largement suffisantes pour comprendre quasiment toutes les réactions de Riley, et par conséquent, de n’importe quel être humain normalement constitué. Bien loin du manichéisme simpliste joie/tristesse, les studios Disney-Pixar innovent dans leur approche atypique du thème de la personnalité, dirigée par de petits personnages.

S’ils sont cinq au poste de commandement du cerveau de Riley, c’est Joie qui mène la danse. Elle fait constamment en sorte que la pré-adolescente voit la vie en rose… enfin en jaune. Alors que les émotions envisagent l’avenir sereinement, Riley et ses parents déménagent à quelques jours de la rentrée scolaire. Exit le Midwest, bienvenue à San Francisco. Adieu les lacs gelés et l’équipe de hockey sur glace, saluons bien bas le Golden Gate Bridge. Mais la tension entre ses parents s’accroît et Riley se sent de plus en plus perdue dans son nouvel environnement, ce qui met en péril la stabilité des émotions. Avis de tempête au Q.G. du cerveau.

Si cinq émotions sont utilisées au cours du film, à la naissance de Riley, il n’y en avait qu’une. La joie. Et le fait d’amener le bonheur comme sentiment premier (et donc inné) peut paraître un peu gentillet, mais c’est surtout un magnifique espoir en l’Humanité. Cependant, le personnage de Joie est parfois limite agaçant. À toujours voir la vie du bon côté, son personnage perd parfois en réalisme. Cela contrebalance bien avec le personnage de Tristesse qui, dans son rôle de boulet, joue le contre-pied à merveille. Elle est l’exacte opposée de Joie, démotivée et fataliste. Malheureusement, Dégoût, Peur et Colère sont parfois oubliées au profit des deux autres émotions. Elles servent de faire-valoir à Joie alors que Dégoût, à la fois caractérielle et spontanée, est certainement le personnage le plus intéressant du film.

Aux commandes du doublage pour la version française de Inside Out, on retrouve du beau linge : Charlotte Le Bon, Marilou Berry, Pierre Niney, Gilles Lelouche et Mélanie Thierry. Tout ce petit monde cohabite dans la tête de la préadolescente qui devient un personnage secondaire. La représentation des « îles de la personnalité », déterminantes dans tous les choix et toutes les actions de Riley, pousse même le spectateur à se retrancher sur lui-même et à imaginer quel serait son « soi » s’il ressemblait à celui présenté dans le film.

Autant dire que ce film d’animation roxe du poney par paquet de douze ! À la fois sensible, lumineux et drôle, Vice-Versa est certainement le meilleur Disney-Pixar de ces dernières années. Reflétant à merveille les peurs de l’enfance, il n’en est pas pour autant cliché. Chaque spectateur peut se reconnaître dans le personnage de Riley car il est universel, à la fois dans son attitude et dans ses réactions. Vice-Versa s’inscrit dans son temps mais parle aussi à toutes les tranches d’âge. Avec ce film, les studios Pixar fêtent leurs trente ans en très grandes pompes.