Attention, ça va spoiler.

Parfois, on va voir un film comme ça, par défaut. On s’aperçoit qu’on à le choix entre Supercondriaque et Non Stop. Alors bon, on choisit celui qui maintiendra notre encéphalogramme à un niveau supportable. J’avoue, je m’attendais à un film passable, remake sauce aérienne de Phone Game, juste de quoi tuer le temps. Une fois n’est pas coutume, je me suis encore planté. Et en plus, le film était déjà sorti depuis deux semaines à l’heure où j’écris cette critique. Vive les cinémas de campagne et leurs distributions à rebours. Vacances obligent, on verse dans la facilité.

Synopsis : Liam Neeson interprète Bill Marks, un américain moyen avec tout ce que ça implique : alcoolisme, relation amoureuse avec les armes et une histoire personnelle qui n’a rien à envier à Rémi Sans-Famille. Ai-je oublié de préciser qu’il est aussi agent de sécurité pour les compagnies aériennes ? Sauf que le jour où se passe notre histoire, un petit malin lui envoie des messages pour lui dire qu’il va tuer un passager toute les vingt minutes si on ne lui file pas 150 millions de dollars. Alors forcément, il est pas content et le fait savoir. Il est comme ça Liam Neeson, il aime bien menacer les gens par téléphone. Et avoir des gamines à problèmes. Après « J’ai été enlevé par des vilains proxénètes à Paris« , retrouvons sa fille dans « Je suis morte d’une leucémie à 5 ans« . C’est ballot.

Mais bon, Bill n’est pas seul. Il est aidé par une rouquine cinquantenaire (Julianne Moore) étonnamment toujours potable bien conservée et une jeune hôtesse de l’air qui servira à… faire jolie.

Non-Stop

J’ai 53 ans. Mon chirurgien esthétique m’a interdit de vieillir.

Quant aux passagers et au reste de l’équipage : un flic new-yorkais, un pseudo gangsta, un avocat rouquin, un informaticien black, un autre agent de sécurité, un docteur arabo-musulman (Al-Qaïda air-line bonjour, voulez-vous un verre ?), un pilote sceptique et son second, ainsi que quelques autres gentils représentants de leurs classes sociales.

La tension monte, les passagers deviennent hystériques et se méfient de l’alcoolique qui se balade un flingue à la main, le scénario s’emballe vite…

La critique :  Non-Stop est un huis clos dopé à l’adrénaline ; le genre qu’on ne regarde qu’une fois, mais dont on peut apprécier les qualités. Le scénario laisse peu de temps morts, la réalisation est pas mal foutue mais est dotée d’un scénario frôlant les limites de la logique. Démonstration.

Bill va jouer au cluedo. Tirons les cartes avec lui :

J’accuse : Liam Neeson de tuer le second agent de sécurité, dans les WC, à mains nus. Pourquoi ? Oh, juste pour de la coke. Logique.

J’accuse : le terroriste de tuer dans la cabine de pilotage, le pilote, avec la sarbacane. Attendez, quoi ?

J’accuse : le terroriste, menaçant tout l’avion, avec la bombe planquée dans la coke. Il devait être complètement raide quand il a planifié son coup le gaillard.

La première partie est excellente : un montage lent dès le départ, une découverte progressive et silencieuse de l’acteur, de ses tourments. Un bon plan long sur son irish coffee sans café histoire de bien comprendre qu’on est pas chez Casimir. Un personnage fumeur, déconnecté du monde, et totalement bousillé.

Le film fait progresser lentement l’intrigue par quelques coups de théâtre qui s’enchaînent progressivement et rendent l’ambiance étouffante dans le cadre restreint de l’appareil. On a envie de s’en échapper, et c’est exactement ce qui en fait un bon thriller. Néanmoins, le dernier quart d’heure laisse à désirer, le coup de théâtre final est à la limite du what the fuck en utilisant l’excuse du post 11 septembre d’une façon pitoyable. Preuve s’il en fallait après les incohérences précédentes que le scénariste ne buvait pas que du café non plus.

Liam Neeson nous démontre qu’il n’est pas bon seulement que dans l’action. Son rôle d’homme brisé, on y croit. Il parvient à exprimer sa douleur sans en faire des tonnes et c’est rare. Même son speech de drama queen aux deux tiers du film où il assume ses problèmes en haranguant les passagers est bon. Et pourtant ça aurait pu être une foirade totale.

On notera quand même l’image des femmes dans le film : fragiles, à peine suspectes et quasi inutiles. Un réalisme étonnant.

Le réalisateur à même fait la dangereuse manœuvre de glisser le thème de l’amalgame musulman = terroriste en introduisant le personnage du médecin, sans qu’aucune réflexion ouverte n’y soit glissée. Malgré quelques gros plans sur lui, faut pas déconner avec les bougnoules quand même, on ressent le malaise qu’il provoque sans tomber dans le cliché, et c’est bien joué.

Loin d’être un chef d’œuvre, Non-Stop reste néanmoins un petit film sympa, avec des moments de tensions bien orchestrés et des lourdeurs compensées par quelques bons plans. Le retournement de fin est prévisible même si on a deux neurones qui se touchent, mais l’explication du « pourquoi j’ai voulu faire mon baptême de l’air en apportant une bombe » est assez décevante. Un excellent film ? Non. Un bon divertissement après une soirée trop arrosée ? Assurément.