Lundi avait lieu le défilé Chanel pour la Fashion Week de Paris. Dans cette profusion de luxe, de stars et de « So Chic », on se demande où est passé l’amendement contre l’extrême maigreur des mannequins.

En avril dernier, deux amendements de la Loi Santé ont été adoptés pour lutter contre la maigreur des mannequins. Tout d’abord l’interdiction à l’incitation à l’extrême maigreur, et l’interdiction d’employer des mannequins dont l’IMC (indice de masse corporelle) est trop faible. C’est le député socialiste Olivier Veron qui a proposé ces amendements largement salués lors de leur adoption.

« L’exercice d’une activité de mannequin est interdit à toute personne dont l’indice de masse corporelle […] est inférieur à des niveaux définis, sur proposition de la Haute Autorité de santé, par arrêté des ministres chargés de la santé et du travail. »

Or en septembre dernier la loi recule et l’amendement sur l’interdiction d’embauche d’un mannequin trop maigre est modifié : plus besoin de se poser la question de l’IMC, c’est à la médecine du travail de juger si un mannequin est suffisamment en bonne santé pour travailler.

Mais est-ce vraiment une question de loi ?

Karl Lagerfield a présenté sa nouvelle collection printemps-été à la Fashion Week de Paris lundi dernier. Chanel nous a habitués à des défilés grandioses au Grand Palais, cette année il était transformé en aéroport où des minettes se dandinaient d’un point d’embarquement à l’autre. Ce qu’il y a de certain c’est qu’elles n’ont pas eu droit au plateau repas. Le public s’extasiaient devant tant de créativité et de luxe si bien porté par des femmes qui ont plus de ressemblances avec un porte manteau Ikéa qu’avec un humain de sexe féminin.

Karl s’en tamponne le catogan de notre amendement et toute l’industrie de la mode, de la presse féminine, de la communication est rangé de son côté : les os, c’est beau. Une femme qui a le corps d’un chewing-gum étiré, le visage d’un garçonnet c’est hyper tendance et vous ne pouvez rien contre ça. Alors des adolescentes s’affament pour avoir ce fameux « Thigh Gap », comprenez : un creux entre les cuisses, signe de malformation du bassin…ou de maigreur. Des centaines de photos de jeunettes en short, les cuisses creusées par l’absence de Nutella, fleurissent sur internet. Et pas seulement sur les sites « Pro-Ana » (qui prônent les bien faits de l’anorexie), sur tous les réseaux sociaux, à la télévision où dans la rue vous pouvez constater ce phénomène de mode.

Cet été, une vidéo du mannequin suédois Agnès Hedengard (voir ci-dessous) est devenue virale : elle s’est filmée avec son smart phone, en maillot de bain, pour raconter qu’elle s’était fait refuser des contrats dans plusieurs agences qui lui reprochaient d’être trop grosse. La jeune femme a pourtant un physique à rendre envieuses les femmes du monde entier. Elle souhaitait avec cette vidéo dénoncer le milieu de la mode, et la société en général qui vouent un culte aux corps décharnés. On attendait un grand bouleversement, on attend encore.