Coincée à l’intérieur de l’Europe, entre la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche, la Suisse est un pays étrangement mal connu. Sa neutralité est historique, tout comme ses scandales financiers. Le chocolat et le fromage y sont légendaires, mais la Suisse de l’intérieur, comment est-ce ? J’ai essayé de répondre à cette question après deux mois passés là-bas.

Il y a ce moment entre Lyon et Genève, où mon portable (ou Natel en Suisse) cherche du réseau. Ça y est, je suis chez les voisins. Bon, pas sûr encore qu’ils m’accueillent les bras ouverts, j’ai entendu des choses pas très cool sur la haine des français made in Switzerland. Mais pas de méfiance programmée, ce serait bête d’arriver dans un pays avec trop d’a priori.

A Genève, le lac Léman m’offre son plus beau spectacle. Je regrette presque de ne pas m’arrêter ici. C’est le début de l’après-midi, je somnole, j’ai traversé une partie de la France et un petit bout de la Suisse. 

Quel pays singulier. Je débarque un jour de mai, prête à tout apprendre, à emmagasiner tout ce que je peux. Je veux connaître les bizarreries de ce pays, les manies. Je ne vais pas être déçue. Sortie du train à Fribourg, petite ville de la Suisse dite romande (comprenez qui parle français) j’arrive dans un univers parallèle.

Gare de Fribourg

Tout est propre et bien rangé sauf les vaches qui paissent au bord de la route. Voilà la première chose qui me percute. Et aussi, la croix blanche sur fond rouge accrochée à quelques balustrades, ça donne un air de chauvinisme non dissimulé. Comme ça on dirait que je décris la campagne profonde, ce n’est pourtant pas le cas.

Après avoir posé ma valise dans un appartement qui est désormais mon «chez moi», je décide d’aller faire des courses. Et si cela peut paraître dérisoire pour certains, ma condition d’étudiante sans le sous joue en ma défaveur dans les supermarchés helvétiques.

Crédit or not ?

À priori, acheter de la salade, des pâtes, des tomates et du thon coûte trois fois rien. Pourtant, le souvenir de mon premier passage dans un supermarché suisse reste douloureux (j’exagère à peine). Et toutes les excursions dans le but de me nourrir seront du même acabit, avec une seule peur : passer en caisse. Des décisions ont du être prises et j’ai très vite abandonné l’idée de manger de la viande et du jambon. Exit une liste non exhaustive de légumes et les pizzas. Exit les bières, le vin, certains fruits et quelques marques. Exit les petits plaisirs gustatifs qu’on s’autorise, même quand on est étudiant. Exit les bonbons, chocolats, gâteaux pour lutter contre les coups de blues.

Bon, après les suisses sont à fond dans le bio, le made in Switzerland, donc pas étonnant si l’on doit vendre un rein pour se payer des légumes. Les salaires sont souvent adaptés à ce train de vie, mais le soucis est qu’il n’y a pas de juste milieu. Non, en fait le soucis est que les classes moyennes ne sont pas prises en compte. Je me suis souvent demandé comment ma famille aurait pu survivre en Suisse. Et quel serait mon rapport à l’argent si j’étais né là-bas. En soit, le pays fait parti de l’Europe et les villes ressemblent aux nôtres. Il y a bien sûr des étudiants. Une seule question, un seul mystère demeure : comment vivent-ils ? (Je n’ai pas la réponse.)

Nous, les « frouzes »

Les frouzes ce sont nous, les français. Durant mes deux mois dans le pays, je n’ai pas vraiment eu affaire à la « haine » anti-frouzes. Pourtant, lors d’un covoiturage pour revenir en Suisse après un week-end à Nancy, je demande au conducteur pourquoi ses rétroviseurs sont scotchés. Le gars me répond que lors de sa première semaine de stage à Lausanne, quelqu’un les lui a cassé, certainement à cause de sa plaque d’immatriculation française. Il ajoute qu’il les a scotché pour ne pas avoir à les remplacer à nouveau si jamais on les lui fracassait encore. A ce moment-là que je me suis dit que c’était un réel problème de société.

Le sujet du racisme anti-frouzes est très sensible en Suisse. La journaliste française Marie Maurisse installée dans le pays depuis huit ans a publié cette année «Bienvenue au paradis»  qui traite du racisme subit par les expatriés de l’hexagone. Autant dire qu’elle s’en ait pris plein la tête après la parution de son bouquin. Qu’on soit d’accord ou pas sur cette enquête, elle a tout de même le mérite de mettre en lumière un fait réel.

Ce n’est peut-être pas la même « sensation » dans toutes les régions helvètes, mais en ayant lu des articles, suite à la publication de « Bienvenue au paradis », j’ai eu l’impression que le sujet est plus que tabou. Je ne connaissais rien au pays et la découverte de cette rivalité a été une véritable surprise. En fait, il me semble que les suisses sont susceptibles, voilà tout. Et je crois qu’ils pensent aussi que l’on vient leur voler du boulot pour repartir en France le soir. Mais franchement, qui pourrait blâmer quelqu’un de traverser la frontière pour gagner le double voire le triple d’un salaire français ?

L’argent vient un peu plus « naturellement » dans la conversation, probablement parce qu’on a cette image de la Suisse riche et prospère. Une image bien propre et lisse, sauf que dans un pays, aussi riche, prospère, petit soit-il, les inégalités, les paradoxes, les problèmes sociaux existent. Ils sont réels et touchent toutes les sociétés. La Suisse n’est pas un eldorado pour riches, mais un pays avec ses réussites et ses défaites. C’est un pays qui respire, où les gens vivent et travaillent.

« Ça joue pour toi ? »

Vue sur la cathédrale de Fribourg.

Les gens suivent les règles, un peu trop pour moi. S’en est limite flippant. Pas un fraudeur (sauf moi) dans le bus, les gens ne surveillent pas leurs sacs toutes les deux minutes pour voir si on leur a volé leur portefeuille. Tout est carré, ça en deviendrait même un peu chiant. J’ai l’impression que les gens sont un tout petit peu moins chaleureux qu’en France, même si j’imagine que ce n’est que de la pudeur. Mais les suisses sont quand même créatifs et entrepreneurs. Je crois que pour cette raison des milliers de français ont passé la frontière. Il y a plus d’opportunités et d’évolutions de carrières là-bas, même en étant jeune. (Et surtout plus de fric à la clé).

Malgré une certaine vie sereine, je ne me suis jamais sentie chez moi en Suisse. Ce n’était pas désagréable de séjourner là-bas. L’appartement où je vivais était grand, les murs blancs, les lustres rouges. Tout était là, fonctionnel, immaculé. Tout le monde m’a dit quoi visiter, mes collègues, les gens autour de moi. Mais au final j’ai pas visité grand-chose, pour prendre un train il faut faire aussi un crédit, comme je l’ai évoqué précédemment.

La Suisse c’était pas « monstre bien » pour moi. Ça a pas très bien « joué » . Il semble que je m’étais préparée à partir avant même d’arriver. Je savais que j’étais de passage mais je ne me suis jamais dit que j’allais ou que je pouvais rester. Peut-être est-ce la population qui m’a tenue à l’écart ou bien moi qui l’aie fait volontairement. Je n’ai pas trouvé ce que j’étais venue chercher. Mais j’ai trouvé un pays quand même magnifique, et une ville en particulier m’a marqué : Berne.

Berne, mon amour

Berne, est belle de la tête aux pieds, élégante, originale et aux allures parfois underground.

Les longues arcades sont des couloirs pour vivre et découvrir de nouvelles aventures. Les caves souterraines_le long des arcades_ ont été réaménagés en magasins, en restaurants, en cafés. Il y a tout un monde sous-terrain à découvrir à Berne. Le fleuve qui traverse la ville s’appelle l’Aar. J’ai rarement vu une étendue d’eau aussi belle. C’est majestueux cette façon de prendre de la place. Le lit de l’Aar est grand et bleu et si vous longez la forêt, de l’autre côté du fleuve, vous aurez cette sensation d’être ailleurs. Pas dans une capitale, ni une cité moderne. Au milieu de la campagne. Il règne à Berne une certaine multiculturalité dans l’air. Ça aussi, c’est beau.

Le jardin des roses, est le point culminant. Il faut prendre le bus pour y aller, tout est en suisse allemand ce qui rend la chose parfois compliquée, mais ça vaut clairement le détour. Depuis ce jardin on peut voir tout Berne. Le panorama qui nous est offert est assez exceptionnel : dans un sens une vue imprenable, dans l’autre des roses, des roses, des roses.

Le point important est que si vous passez de Fribourg à Berne, la langue principale change. Il y a en Suisse ce chauvinisme incroyable, et à la fois un manque de cohésion troublant : par exemple, la rivalité entre Suisse allemande et romande. Mais ça, ce n’est pas propre à nos amis helvétiques.

Vue sur l’Aar, le fleuve qui traverse la ville.

La Suisse, est un pays à découvrir en partant sans idées reçues et avec un portefeuille bien blindé. Mes seuls regrets ont été de ne pas avoir assez visité, Bâle, Zurich, la région des Grisons et d’autres lieux. Car oui, nos voisins ont un pays aux paysages incroyables.

Je suis repartie comme je suis venue, un matin de juillet. J’ai quand même dans la tête tout un tas de soirées fribourgeoise, car ce qui fait un voyage ce n’est pas le lieu, ce sont les gens.

Elodie Potente

Une réponse

  1. VHS

    Dommage que tu n’aies pas rencontré les bonnes personnes à Fribourg ou eu de bonnes sources d’infos 😉
    Ou alors un état d’esprit plus favorable pour te plaire à la ville?
    Il faut du temps pour se faire des amis ici et une fois ce cap franchit, tu découvres plein d’aspects différents de Fribourg!
    Perso, cela fait des années que j’y suis et je ne m’ennuie pas!

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