Les fans de comics sont gâtés cette année ! Après un « Batman vs Superman » qui n’a pas convaincu tout les adeptes de DC, un « Captain America » plutôt réussi et un « Deadpool » fort sympathique, Bryan Singer, le daron de la saga cinématographique X-Men, devait se défoncer pour sortir du lot.

On aurait aimé voir un croisement entre les Avengers et leurs cousins mutants de DC Comics. Faute d’avoir les droits sur la totalité de l’univers Marvel, les studios préfèrent s’affronter sur grand écran pour déterminer qui réussira le mieux à adapter sur pellicule les exploits de leurs poulains. Pour le coup, « X-Men : Apocalypse » bataille sec pour se mettre à niveau, mais ce n’est pas suffisant.

Résumé sans (trop) spoiler

Dix ans après les événements de « X-Men : Days of Future Past », les mutants se sont progressivement intégrés à la société humaine. En témoignent leurs excellents rapports avec le reste de la populace : ceux qui ne se planquent pas dans le manoir du professeur Xavier sont kidnappés pour devenir des gladiateurs involontaires avec option combat à mort dans des arènes électrifiées. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes quand, contrainte scénaristique oblige, un groupe d’illuminés réveille un mutant aux pouvoirs quasi-divins par accident.

Apocalypse, que personne n’appelle Apocalypse – ça c’est le problème du dialoguiste – mais En Sabah Nur donc, s’est réveillé après environ 5 000 ans à roupiller peinard à 50 mètres sous le centre-ville du Caire. On vous laisse trente secondes pour réfléchir sur cette dernière phrase.

Monsieur Nur ayant le réveil grognon, il décide de prendre possession de la Terre et de soumettre les humains à sa divine volonté, entre deux placements de produit pour Coca-Cola. Pour l’aider dans sa quête, il enrôle quatre mutants surpuissants qui lui serviront de faire-valoir pendant 96 minutes avant d’enfin se sortir les doigts. Cinq minutes. Quelque chose me dit qu’ils se sont bien fait baiser au casting.

Face au dieu complexé et ses quatre  fantastiques, Katniss Everdeen et Super-Myopathe* vont mener les mutants pour protéger le district 12 la Terre et les humains qui les haïssent depuis déjà huit longs métrages. Pourquoi ? Parce que c’est le pouvoir de la tolérance/amour/famille/travail/patrie – rayer les excuses génériques.

Les pré-pubères, le bourrin et le supersonique

Bryan Singer nous a gâtés avec cette fournée, on retrouve des mutants à plus savoir qu’en foutre.

Pour une fois qu’elle ne se fait pas trousser par un Bolton, Sansa Stark doit jouer l’étudiante effarouchée que ses camarades mutants traitent gentiment de « tarée ». Les années collège, c’est toujours la fête. La rouquine va même devoir subir le flirt d’un cyclope aussi pré-pubère que boutonneux.

Magnéto nous fait un sympathique remake de Rémi sans famille : ses parents ont été déportés il y a huit films ? Pas grave, mange tes flash-back à Auschwitz et relaxe-toi : ta femme et ta fille vont y passer aussi. De quoi définitivement flinguer le cervelet de l’aimant en cape rouge.

Wolverine nous fait le plaisir d’un caméo tout en nuance. Comprenez qu’il grogne comme un phacochère en rut et repeint tout les murs en ocre sanguinolent, renouant avec la bestialité du personnage chère au comic. Nom de dieu, merci pour ce moment.

Vif-Argent sert à quelque chose ! Bryan Singer l’avait laissé sur le banc de touche lors du précédent film, le voici de retour pour un remake de sa séquence « Time in a Bottle » qui, une fois n’est pas coutume, colle le spectateur au fond de son siège, un petit sourire béat aux lèvres.

On vous la repasse pour le plaisir des yeux et des tympans.

Passons sur les évidences : on appréciera l’effort de coller au plus proche de la série animée. Bryan Singer s’est attelé à recréer les éléments graphiques de la version petit écran. Les personnages sont plutôt bien développés, chacun a le temps d’ouvrir sa gueule pour exprimer son opinion sur le monde, développer un background solide, etc. Visuellement, ça pique parfois au détour d’une séquence mal gérée en post-production, mais le film est globalement bien mené. C’est papa Singer à la barre, quand même.

Rien de nouveau chez les mutants

Le problème vient d’ailleurs. Pour sa quatrième participation à l’univers derrière la caméra, Bryan Singer nous ressert les mêmes refrains, aux mêmes endroits, dans les mêmes conditions. Seuls les acteurs ont changé pour rajeunir le casting. On retrouve pêle-mêle :

  • L’éternelle académie X-Men qui s’est fait déboîter dans trois des quatre films.
  • La base de Striker et la création de Wolverine, pour la troisième fois dans la saga.
  • Le triangle amoureux Cyclope-Phénix-Wolverine. Ce qui est assez  perturbant quand les deux adolescents en fleur rencontre Hugh Jackman, 47 ans au compteur.
  • Le sous-texte cher à Singer : les mutants sont le reflet cinématographique des différences au sein de la société, à l’instar de l’homosexualité. Un message qu’il avait déjà bien amené dans ses trois précédentes contributions à la saga, mais qui s’essouffle méchamment.
  • Charles Xavier vs Magnéto : encore le même duo de frères ennemis avec les mêmes discours depuis le premier film en 2000.
  • La création en fin de film d’une escouade X-Men façon escadron de la mort. Comme celle formée dans l’avant-dernier film, et le précédent. Etc.
  • Les mêmes mutants, encore une fois. Seul Psylocke fait office de nouveau personnage, et ses trois répliques ne l’aident pas à s’affirmer.

Singer nous a habitués à mieux avec son précédent opus. Dommage que malgré une belle plastique et quelques belles mais courtes idées, l’imagination ait foutu le camp. Si vous voulez un film tiré des comics qui renouvellera le genre, il ne reste plus qu’à placer vos espoirs dans « Suicide Squad » qui sortira dans les salles obscures le 3 août prochain.

*Le professeur Xavier. Parce qu’il est chauve. Et qu’on a parié qu’on pouvait se taper un procès par une association de charité avec cette blague.