Parmi les nouveautés de l’année, on attendait de pied ferme le nouveau X-Men de pied tendre. Bryan Singer qui revient à la réalisation de son bébé, ça promettait du spectacle. Les derniers films de la licence ont laissé un goût mitigé, entre le très moyen X-Men 3, les incohérences de Wolverine : Origine, le doux-amer X-Men : le commencement et l’injustement bâché Wolverine : Le combat de l’immortel. Malgré ses quelques erreurs de scénario, ce dernier ne méritait de se faire latter les genoux à coup de barre à mine.

Alors quand papa Singer a été annoncé pour faire Days of future past, on était extatiques. Ce mec a quand même écrit et réalisé Usual Suspects, c’est dire la taille de ses balls. Allait-il redonner un second souffle à la saga ou le balancer dans le fleuve façon petit Grégory ?

Commençons par le spitch : Le futur a été ravagé par la guerre opposant humains et mutants, et ces derniers sont en train de se prendre une sacrée pété. Le professeur Xavier et Magnéto décident donc de renvoyer Wolverine dans le passé à la rencontre de  leurs jeunes eux. A savoir un junky à l’alcool triste et un terroriste enfermé 100 étages sous le Pentagone. Applaudissons au passage le mec qui s’est dit qu’enfermer un terroriste doté de superpouvoirs sous l’un des lieux les plus importants des Etats-Unis était une bonne idée. Une fois la rétine bien tabassée par les chemises à fleurs des Seventies, on suit l’équipe en route pour empêcher Mystique/Raven de tuer le créateur des sentinelles, des robots voués à botter les fesses de ceux dont les gènes déconnent. Un bon combo mêlant voyage dans le temps, dilemmes moraux et bourré d’actions chères aux comics de X-Men.

OB X-men 2

Les impactes de balles ont beau faire la constellation de la Grande Ours, Wolverine s’en fout. Lui il aime la picole. Et elle le lui rend bien.

La réalisation est un vrai plaisir. S’il faut reconnaître un talent à Bryan Singer, c’est de créer des scènes esthétiques et de gérer ses acteurs. Les dix premières minutes nous offrent un combat sous adrénaline où les pouvoirs des mutants se combinent. Les mouvements de caméra jouant sur les portails de téléportation de la mutante Blink créent une dynamique vive ponctuée d’idées bien orchestrées. L’apothéose scénographique est sans conteste celle du pouvoir de Vif-Argent, vers le premier tiers du film. Un ralenti magistral démontre sa vitesse sur fond de Time in a Bottle, qui colle autant dans le fond que dans la forme. Un petit instant hors du temps qu’on contemple le sourire aux lèvres. Moins d’une fraction de seconde étalée sur une minute trente. Rendre ainsi visible un pouvoir qu’on ne percevait jusqu’à présent que comme un don supplémentaire totalement abusé, sans compter la petite touche d’humour, c’est  totalement pété mais ça marche du feu de Dieu.

Dommage qu’il n’ait réussi à gérer le rythme du film avec la même maestria. On sent un décalage net entre les tensions inhérentes à l’ultime résistance mutante, à cette apocalypse imminente, qui est réduite à néant par les scènes ancrées dans le passé où Magnéto et le professeur Xavier prennent le temps de jouer une partie d’échec. Calme les mecs, ce n’est pas comme si on voulait vous décimer. Ce traitement inégal empêche les spectateurs de rester accrochés au film et décrédibilise la menace. Là où le climax final (apothéose de la tension dans un film, ou orgasme selon les définitions, faites votre choix) rend épique visuellement, on ressent que le passé va être changé, et donc que les morts du futur vont être effacés. On se fout éperdument des morts tragiques.

Malheureusement, ce n’est pas la seule fausse note. Parlons-en : la musique a un goût d’inachevé. Les thèmes composés pour le film sont sympathiques sans être transcendants, même si les morceaux déjà existants choisis pour illustrer les années 70 sont de qualité, en témoigne « Time in a Bottle » et « The First Time I Ever Saw Your Face « .

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Ce mec aurait pu résoudre toutes les embrouilles des X-Men avec son pouvoir, mais non. Ils l’ont laissé au vestiaire ces cons.

En revanche au niveau jeu d’acteur et casting, il faut reconnaître que tous les rôles principaux sont convaincants et continuent l’avancement psychologique initié dans X-men : Le commencement. Sur l’éternel combat idéologique entre le professeur Xavier (Martin Luther King paraplégique) et Magnéto (Malcom X option métallurgie lourde) joué par James McAvoy et Michael Fassbender. Rien à redire, ils sont justes dans l’interprétation. Hugh Jackman est égal à lui-même en Wolverine, brut mais plus mature que dans les premiers opus. Jennifer Lawrence quand à elle joue une Mystique torturée au centre du conflit, mais difficile sous tant de maquillage de développer un vrai jeu, surtout quand quatre autres acteurs viennent jouer votre rôle. La métamorphose est toujours un foutoir de réalisation. Omar Sy n’aligne que quatre répliques, on ne s’attarde ni sur son pouvoir ni sur sa personnalité. C’est d’ailleurs un défaut du film, les mutants du futur ne sont pas développés plus loin que leurs pouvoirs. On leur fait coucou, on les regarde claquer deux fois chacun, parce que si ils ne se prenaient qu’une seule fessé on aurait pas le temps de se foutre d’eux. Quand à Peter Dincklage (Tyrion Lannister de Game of Thrones), c’est la déception du film. Son personnage censé être le grand méchant du film est à peine creusé. Le fait qu’il soit atteint de nanisme aurait pu être un choix du réalisateur, mais ce n’est qu’un détail de la mise en scène sans impact sur le scénario. Ses motivations ? On s’en cogne, il fabrique des machines qui dégomment leurs mamans. C’est assez décevant.

Tant qu’on est dans les imperfections, impossible de passer outre les incohérences, elles sont légion.

Le professeur Xavier qui bouge encore ? Oui, une scène post-générique de X-men 3 laissait entendre ça, mais dans un autre corps. Et pas celui de son jumeau. A moins de s’être fait refaire à coup de chirurgie esthétique. Etre une aberration génétique n’empêche pas d’être coquet.

Dans la scène post-générique de Wolverine : le combat de l’immortel suppose que les mutants savaient déjà pour l’avènement des sentinelles. Or le film se déroule 10 à 15 ans après, dans un futur high-tech post-apocalyptique sans que les acteurs n’aient pris une seule ride. Encore un coup de Nivea.

Le parlement américain, qui dans X-men premier du nom, vote une loi dans les années 2000 alors que la menace mutante est déjà critique dans les années 70 ? Je veux bien que le système soit lent, mais là c’est du foutage de gueule. Mais Didiou, où est Emma Frost ? C’est sympa de faire du fan service dans un film avec une mutante télépathe qui peut se changer en diamant, mais pourquoi l’effacer par la suite, quand on connait l’importance du personnage dans le comics, c’est une erreur grossière. Et Stan Lee, il est où Stan Lee ? Monsieur est à l’origine de la quasi-totalité des Marvels, fait des caméos dans chaque adaptions à l’écran depuis 1989 et boude ce film ? Tout fout l’camp ma bonne dame.

Et malgré toutes ces jérémiades de pinailleur infatigable, X-men Days of the Futur Past reste un braquemart cinématographique. Oui, Bryan Singer tente de le relier à tous les autres de la saga en y intégrant des extraits de chacun, y compris ceux qu’il n’a lui-même pas réalisés et qui ont créé des incohérences scénaristiques. Mais il résout cette time-line cauchemardesque au dénouement du film. Sa solution ? On efface tout et on recommence. Créant l’opportunité d’une nouvelle série sur les bases de la première, et gommant les incohérences. Une belle façon de signifier à ses prédécesseurs qu’il est temps d’arrêter de foutre la merde.

Bilan ? Un bon film de divertissement avec quelques scènes d’anthologie, un retour en fanfare pour Bryan Singer qui s’autorise à faire sauter le travail de ses remplaçants pour reprendre en main la série qu’il a initié. Papa est de retour à la maison les enfants. Et il n’a pas fini de nous mettre des faciales sur pellicule.