Zaina Erhaim est une journaliste syrienne vivant à Alep. Du haut de ses 30 ans, elle est devenue une figure de courage et de persévérance. C’est pour ses nombreuses qualités et son action à Alep que la jeune femme a obtenu le prix Reporters sans frontières. Pendant deux longues années, Zaina Erhaim a vécu au cœur du pays le plus dangereux du monde. Au péril de sa vie, entre bombes, cris et pleurs, la journaliste a apporté un peu de lumière à Alep, lieu de guerre. Ne pas fuir, agir pour le bien de tous, voilà la direction qu’a choisie cette Syrienne.

Zaina est née à Edleb au nord-ouest de la Syrie. Après avoir obtenu son diplôme de journalisme en 2007 à Damas, elle part étudier à Londres. Quand la guerre débute dans son pays, elle est journaliste à la BBC. Enchaînant les allers-retours, elle choisit de retourner habiter en Syrie début 2013. C’est dans la ville d’Alep, fief des activistes anti-régime que Zaina s’installe.

La peur, elle ne l’a pas cachée. Zaina n’est pas venue à la guerre, c’est la guerre qui est venue chez elle. C’est à travers son blog et des médias comme The Guardian et The Economist que la jeune femme rend compte de ce qu’elle voit au jour le jour. Agir et ne pas fléchir, Zaina va combattre les injustices à sa façon en formant de jeunes Syriens au journalisme. La sécurité, le choix des mots, l’importance des sources… Tant de choses primordiales qu’elle va transmettre aux étudiants. Son combat est aussi celui d’une femme, une femme prisonnière d’une société dominée par les hommes. Elle décide d’ouvrir sa formation à toutes les femmes qui le souhaitent. Une dizaine de Syriennes arrivent à convaincre leurs maris de suivre sa formation.

« L’objectif, c’est de les sortir de leur triste quotidien, de les ouvrir au monde »

« Les femmes viennent et il y a même une salle de jeu pour leurs enfants. On leur montre comment utiliser YouTube, comment créer une page Facebook. L’objectif, c’est de les sortir de leur triste quotidien, de les ouvrir au monde », explique-t-elle. Que raconter quand on est journaliste à Alep… La violence des combats, la détresse des familles, les menaces de mort ? Zaina veut surtout humaniser le conflit en parlant d’autre chose que de la pénombre qui s’étend en Syrie. Elle décrit une jeunesse syrienne qui, malgré la dureté du quotidien, arrive à survivre avec un peu de joie et d’amusement. Elle explique sa volonté de rester unis dans la simplicité et l’harmonie. « Il y a beaucoup de jeunes hommes célibataires, qui vivent loin de leur famille, donc je cuisine dans de grandes proportions pour pouvoir partager. J’ai toujours au moins quatre ou cinq personnes à ma table », raconte-t-elle à Rue 89.

Zaina est une mentor pour la communauté journalistique et la jeunesse syrienne qui souhaite agir mais qui pense ne pas avoir les clés pour. Une centaine de personnes dont un tiers de femme ont été formées par la journaliste. On retrouve par ailleurs de nombreux articles de ses étudiants dans de grands journaux internationaux. La jeune femme vient de réaliser un documentaire, Femmes rebelles de Syrie, qui fait écho à ses convictions et son choix de vie. Rester en Syrie pour apporter son aide à la communauté en ces temps néfastes. Selon Zaina, les femmes qui vivent en Syrie se sentent oubliées dans le combat qu’elles endurent contre Daech. Elle s’indigne : « Les femmes activistes travaillent dur, combattent encore plus de problèmes, mais sont oubliées puisque l’Occident est obsédé par Daech. C’est juste Assad contre l’Etat islamique, mais nous sommes toujours là dans les ruines et nous nous battons désormais contre deux ennemis, Daech et Bachar Al-Assad. »

« Nous sommes toujours là dans les ruines »

Encerclées, démunies, seules. Ces femmes agissent dans l’ombre et s’accrochent à leurs convictions pour survivre dans cette misère qu’est la guerre. D’après Zaina, « La communauté internationale est en train de pousser les Syriens à se tourner vers le terrorisme. »

Dure réalité. Faut-il continuer les frappes en Syrie ? Comment agir face à ces monstres qui sévissent ? Selon la journaliste, 100 000 Syriens ont fui la Syrie après les frappes russes. La journaliste a le sentiment que les Syriens sont délaissés par la communauté occidentale. Elle n’est d’ailleurs pas étonnée du traitement des réfugiés dans certains pays d’Europe. La jeune Syrienne s’oppose aux décisions de la communauté internationale. Coopérer avec Bachar Al-Assad est une mauvaise idée qui oppresse un peu plus le peuple syrien.

« Les Syriens ont été abandonnés »

Elle ne comprend pas la position des pays occidentaux : « La première étape est de mettre fin aux bombardements du régime. Selon les statistiques, 95% des gens tués en Syrie le sont par les frappes aériennes. Les autres sont tués par l’EI ou d’autres groupes. Il faut arrêter de faire du ciel une menace. Si ton fils veut rejoindre l’EI, tu pourras lui dire : “Pourquoi  ? Maintenant, on est en sécurité  !” Alors que là, il te dit : “Je vais être tué dans tous les cas.” » 

L’avenir ne semble pas radieux pour les Syriens, les réfugiés, le monde… Mais c’est là que Zaina se veut aussi porteuse d’un message d’espoir, pacifiste, rempli d’amour et de vie. Continuer à vivre, voilà son credo. Enceinte de six mois, elle souhaite que sa famille continue d’habiter à Alep, même si elle n’a guère envie que sa fille vive dans la peur de mourir.